L’année 2025 ressemble à une éclaircie après 2024 et ses coups de massue, les émeutes en Nouvelle-Calédonie, la vie chère qui a mis la Martinique sous tension, Chido à Mayotte, Belal à La Réunion. Oui, l’activité repart un peu, le climat des affaires se redresse, la Polynésie française affiche même des entreprises qui retrouvent des couleurs. Sauf que sur le terrain, l’embellie fait surtout joli sur le papier: l’emploi privé reste fragile, parfois en léger repli, et la consommation des ménages avance à petits pas, comme si chacun gardait une main sur le frein.
Ce décalage, les instituts d’émission le disent sans fard: « le regain d’activité de 2025 par rapport à 2024 bénéficie peu, on peut même dire pas dans certaines géographies, à l’emploi ». Voilà le nœud du problème ultramarin, ce moment où l’on annonce un rebond mais où les jeunes continuent de chercher, les salariés de compter et les commerçants de patienter. Les Outre-mer restent plus exposés que l’Hexagone, dépendants des importations, de l’énergie chère, des coûts logistiques et d’un marché intérieur étroit. Résultat, même quand l’inflation retombe sous les 2%, les prix, eux, restent hauts et mordent le budget, surtout dans les foyers modestes.
L’État doit payer, et vite: l’économie n’attend pas
Et puis il y a cette bombe à retardement, très française, très administrative: les délais de paiement. Dans les Outre-mer, ils seraient presque deux fois plus élevés que la moyenne nationale, avec un secteur public hospitalier à 121 jours quand l’objectif est de 50. Cent vingt et un jours… une éternité pour une PME, un artisan, un fournisseur local qui n’a pas de trésorerie magique. On s’étonne ensuite des défaillances, alors que 2025 bat un record avec 2.832 redressements et liquidations judiciaires. À force de faire traîner, on casse la chaîne, on assèche l’investissement, on fabrique du chômage, puis on vient verser des larmes sur « la fragilité du tissu économique ».
Pour 2026, les trajectoires se séparent nettement. À Mayotte, la reconstruction post-Chido pourrait enfin s’amorcer avec des budgets débloqués et une refondation attendue, signe que quand l’État tient son rang, la confiance revient et les craintes de défaillance reculent. En Nouvelle-Calédonie, la reprise reste suspendue à la « clarification de l’horizon institutionnel », comprendre: tant que certains jouent avec l’idée d’émancipation et de rupture, l’économie se fige, les entrepreneurs serrent les dents et près de 30% redoutent une défaillance. Dans ce décor, une inconnue plane déjà, le prix des carburants et les tensions internationales qui peuvent rallumer l’inflation dans des territoires encore très dépendants des énergies fossiles, avec une question simple en ligne de mire: qui, demain, assumera la continuité française et le choix du travail plutôt que la culture du blocage.



