Construit à la fin des années 1970 pour confiner des dizaines de milliers de mètres cubes de déchets radioactifs issus des essais nucléaires américains, le dôme de Runit demeure une source d’inquiétude dans le Pacifique. La structure est notamment vulnérable aux infiltrations d’eau et à la montée du niveau de la mer.

Sur l’atoll d’Enewetak, aux îles Marshall, une imposante structure de béton rappelle encore aujourd’hui l’héritage des essais nucléaires américains dans le Pacifique. Le dôme de Runit, parfois surnommé « la Tombe » ou « le cercueil nucléaire », recouvre des déchets radioactifs accumulés pendant cette période.

Son histoire est directement liée à l’essai nucléaire Cactus réalisé en 1958. L’explosion avait laissé un important cratère sur l’îlot de Runit. Une vingtaine d’années plus tard, celui-ci a été utilisé pour entreposer les matériaux contaminés provenant des opérations de nettoyage.

Des dizaines de milliers de mètres cubes de déchets

À la fin des années 1970, entre 85 000 et 88 000 mètres cubes de terres, débris et autres matériaux contaminés ont ainsi été placés dans le cratère.

L’ensemble a ensuite été recouvert d’un dôme circulaire constitué de 358 panneaux de béton. La structure mesure environ 115 mètres de diamètre et son revêtement atteint quelque 45 centimètres d’épaisseur.

Mais le dispositif présente une faiblesse importante : le fond du cratère n’a pas été isolé par une barrière étanche. Les matières enfouies sont donc en contact avec le substrat poreux de l’atoll et avec les eaux qui circulent dans celui-ci.

Les infiltrations d’eau au cœur des inquiétudes

Plus de quatre décennies après la construction du dôme, cette particularité nourrit les préoccupations concernant la circulation de substances radioactives dans l’environnement.

Des infiltrations d’eau de mer ont été constatées et le comportement du site varie notamment avec les mouvements des marées. La question est particulièrement sensible pour les populations des îles Marshall, durablement marquées par les conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires.

La gestion du site constitue également un sujet politique. Depuis l’entrée en vigueur du Compact of Free Association en 1986, les responsabilités autour du dôme et de l’héritage nucléaire américain font régulièrement l’objet de discussions entre les îles Marshall et les États-Unis.

Le changement climatique ajoute une nouvelle menace

À cette problématique nucléaire s’ajoute désormais celle du changement climatique. L’îlot de Runit ne s’élève que très faiblement au-dessus de l’océan, dans une région particulièrement exposée à la montée du niveau de la mer.

L’érosion, les tempêtes et l’évolution du niveau océanique pourraient donc accroître la vulnérabilité du site au cours des prochaines décennies.

Le dôme de Runit symbolise ainsi une double inquiétude pour le Pacifique : celle d’un héritage nucléaire vieux de plusieurs décennies et celle des conséquences futures du dérèglement climatique sur des territoires insulaires particulièrement fragiles.

Privacy Preference Center