Polynésie française : les combats de coqs, une tradition vivante au cœur du Fenua

Chaque année, de juillet à février, la saison des combats de coqs rassemble des passionnés venus de tout l’archipel. Un rendez-vous ancré dans la culture mā’ohi, légalement reconnu comme tradition locale ininterrompue, qui mobilise des éleveurs investis et des sommes considérables.
Au fond de la vallée de la Punaruu, à Tahiti, un grand hangar accueille depuis la deuxième quinzaine d’octobre des coqueleurs venus des quatre coins de la Polynésie française. Moorea, Taha’a, Huahine, Hao, les Raromata’i : pendant quatre jours, les îles éloignées ont envoyé leurs meilleurs représentants pour s’affronter dans les règles de l’art, avec à la clé un jackpot de 500 000 francs pour le combat dit « chrono », remporté par le coq ayant mis le moins de temps à terrasser son adversaire.
C’est Raufea, originaire de Teahupo’o et aujourd’hui installé à Toahotu, qui a décroché le record du chrono ce dimanche-là. Son coq, âgé de seulement neuf mois, a mis à terre son adversaire en 1 minute 36 secondes officielles, bien que la vidéo atteste d’un temps de 56 secondes. « Il faut élever des champions, pas des umara comme on dit », résume-t-il, précisant entretenir une centaine de coqs pour un coût hebdomadaire de 30 000 francs. Un investissement assumé, conditionné à la victoire : « C’est sûr, il faut gagner le combat, sinon ça sert à rien d’élever juste pour le plaisir. »
La logique économique est omniprésente dans cette discipline. La team Huahine, présente depuis trente ans dans les combats de coqs, a ainsi pu rembourser son billet d’avion grâce à une victoire. Ryan, venu de Taha’a avec son père Raimana et une vingtaine de coqs, souligne que « les caisses pour les coqs coûtent 4 500 francs l’aller, plus nos billets. Du coup, on est obligé de faire de gros combats pour rattraper tout cela ». La préparation des animaux représente elle-même un investissement lourd : alimentation spécifique, vitamines, entraînement quotidien de quarante minutes, exposition au soleil pour durcir la peau, rasage partiel des plumes pour améliorer la respiration et la résistance.
Tchoumel, jeune coqueleur initié par son grand-père, décrit une discipline exigeante : « C’est du travail car c’est comme un enfant, tu dois être tous les jours avec lui. Tu dois faire des sacrifices. » Sa journée commence à 5 heures et s’achève à 17 heures. Il rémunère l’ami qui s’occupe de l’entraînement de son coq à hauteur de 20 % des gains en cas de victoire, un modèle de partage des bénéfices qui structure les relations entre coqueleurs.
Au-delà de l’aspect financier, c’est la dimension culturelle qui revient dans chaque témoignage. « Les combats de coqs, c’est notre Hawaiki Nui à nous », résume un coqueleur de Moorea, dont la famille pratique cette discipline depuis trois générations. « C’est dans le sang du taata tahiti, il n’a pas besoin de l’apprendre, cela fait partie de notre culture et de la tradition mā’ohi. » La comparaison avec la boxe est fréquente : « Le combat a lieu sur le ring et quand on sort du ring, c’est terminé. Il y a le respect de l’adversaire et de notre culture. »
Cette pratique bénéficie d’un cadre juridique clair. L’article 521-1 du code pénal, qui sanctionne les mauvais traitements envers les animaux, prévoit explicitement une dérogation pour les combats de coqs « dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie ». Le Conseil constitutionnel a confirmé la conformité de cette exception à la Constitution en 2012, à la suite d’une question prioritaire de constitutionnalité. La Polynésie française figure ainsi aux côtés de la Martinique, de La Réunion, de la Guadeloupe et du Nord-Pas-de-Calais parmi les territoires où la pratique est légalement autorisée. Une reconnaissance qui, pour les passionnés du Fenua, consacre une identité culturelle transmise de génération en génération.

