Polynésie : grèves au port et dans les hôpitaux, l’économie locale en tension

Par Anthony Marques 3 min de lecture
Polynésie : grèves au port et dans les hôpitaux, l’économie locale en tension
Polynésie : grèves au port et dans les hôpitaux, l’économie locale en tension Image : DR

Ce mardi 20 octobre, deux mouvements sociaux simultanés ont paralysé une partie de l’activité économique en Polynésie française. Au Port autonome de Papeete, les marchandises restent bloquées dans la zone sous douane. Dans les établissements de santé, un service minimum a été mis en place, entraînant de nombreuses déprogrammations. Un préavis de grève a également été déposé à Air Tahiti.

Les importateurs polynésiens retiennent leur souffle. Depuis ce mardi matin, les acconiers du Port autonome de Papeete sont en grève, et si les conteneurs ont bien été déchargés des navires, ils ne peuvent pas quitter la zone sous douane. Résultat : les commandes sont bloquées, et les entreprises qui dépendent de ces approvisionnements se retrouvent dans l’impossibilité de réceptionner leurs marchandises.

Le secrétaire général de la CSTP-FO, Patrick Galenon, a tenu à souligner que les dockers ont fait le choix de débarquer les conteneurs pour éviter que les navires ne repartent avec leur chargement, ce qui aurait généré des surcoûts supplémentaires pour les importateurs. Un geste de bonne foi, selon lui, dans l’attente de confirmations sur les autres revendications du syndicat. Un « gentleman agreement » vieux de quarante ans prévoit par ailleurs que seuls les denrées périssables et les produits pharmaceutiques sortent de la zone portuaire en période de grève.

Au cœur des négociations figure la durée des autorisations d’outillage privé avec obligation de service public. La CSTP-FO a obtenu un allongement de cette durée à vingt ans au lieu de quinze, une avancée que le syndicat présente comme une garantie pour l’emploi local. Patrick Galenon a été explicite sur ce point : la crainte principale est de voir des sociétés internationales remporter les marchés et faire venir une main-d’œuvre étrangère, au détriment des travailleurs polynésiens.

Sur la question du service minimum, qui figurait dans le nouveau cahier des charges des acconiers et qui soulevait des interrogations quant à son impact sur le droit de grève, le Pays a confirmé que ce droit constitutionnel sera « clairement spécifié » dans les textes à venir.

Dans les établissements de santé, la situation est également perturbée. Dès 6 heures du matin au Centre hospitalier du Taaone, les premières banderoles étaient déployées. Près de 300 personnes avaient débrayé ou exprimé leur solidarité avec le mouvement. La direction a rapidement annoncé la mise en place d’un service minimum, accompagné de nombreuses déprogrammations de rendez-vous médicaux, pénalisant directement les patients.

Le mouvement touche l’ensemble des établissements rattachés à la Direction de la santé, avec des grévistes recensés à Moorea, Raiatea, Nuku Hiva et jusqu’à Hao. Les personnels revendiquent une hausse salariale de 15 % au 1er janvier prochain, ainsi que l’ouverture de discussions pour attirer et retenir les médecins au Fenua. Des négociations portant sur le maintien de l’ancienneté pour les agents récemment reclassés en catégorie A sont également en cours. Un préavis de grève a par ailleurs été déposé par les fonctionnaires de l’Agence de régulation sanitaire et sociale (Arass), ce qui pourrait élargir encore le périmètre des perturbations.

Le secteur aérien n’est pas épargné. Les organisations syndicales CSIP, O oe to’oe rima et Spencat ont déposé le 16 octobre un préavis de grève à Air Tahiti. Faute d’accord, le mouvement pourrait démarrer dès le jeudi 22 octobre à 0 heure, affectant le siège de Faa’a, la plateforme aéroportuaire de Tahiti-Faa’a et les agences des aéroports desservis par la compagnie. Les revendications portent sur des primes, l’équipement des agents dans les îles et diverses conditions de travail. Une menace supplémentaire pour la connectivité interinsulaire, vitale pour l’économie de l’archipel.