Le secteur du bâtiment et des travaux publics tire la sonnette d’alarme à Saint-Pierre-et-Miquelon. Invité de la matinale radio ce jeudi, Roger Hélène, président de la Fédération locale des entreprises et artisans du bâtiment et des travaux publics, a dénoncé sans détour l’ampleur du retard accumulé sur l’archipel. Le déficit structurel du territoire atteindrait aujourd’hui environ 650 millions d’euros, une réalité que chacun peut constater en observant simplement son environnement. Une déclaration forte, qui traduit l’inquiétude grandissante d’une profession confrontée à un manque de visibilité chronique sur les marchés publics.
Les chiffres avancés par le président de la Fédération sont sans appel. L’état des ports, celui des chaussées, le déficit du patrimoine bâti ou encore l’état du bord de mer illustrent ce retard, qui ne respecte plus les standards environnementaux attendus sur le territoire. Plus préoccupant encore, ce déficit repose sur une commande publique fixée à 24 millions d’euros dès 1996, un montant resté quasiment inchangé trois décennies plus tard. Une stagnation budgétaire qui, mécaniquement, a empêché tout rattrapage face aux besoins croissants d’un territoire isolé, soumis à des conditions climatiques exigeantes pour ses infrastructures.
Un retard que des années d’inaction ne suffiront pas à combler
Pour Roger Hélène, cette situation ne relève pas du hasard. Il pointe une absence de prise en compte de la situation réelle et des besoins du territoire par les pouvoirs publics, year après year, alors même que les infrastructures continuaient de se dégrader. Ce constat rejoint celui dressé depuis plusieurs années par les acteurs économiques locaux, qui dénoncent le poids excessif d’une administration publique omniprésente dans une économie où le secteur privé reste minoritaire, faute d’investissements suffisants pour diversifier l’activité.
Cette fragilité structurelle s’explique aussi par le statut particulier de Saint-Pierre-et-Miquelon. Contrairement aux régions ultrapériphériques françaises, l’archipel relève de la catégorie des pays et territoires d’outre-mer, ce qui le prive d’un accès direct aux fonds structurels européens tels que le FEDER. Cette exclusion du droit communautaire laisse le territoire dépendant des seuls arbitrages budgétaires nationaux pour financer ses grands équipements, une contrainte que les responsables économiques locaux jugent désormais intenable au regard de l’ampleur des besoins identifiés.
Une économie qui ne peut reposer sur la seule solidarité locale
Face à ce constat, les entreprises du bâtiment ne restent pas inactives. La profession a ainsi décidé d’augmenter régulièrement les salaires de ses employés, une mesure prise en comité pour faire face au coût de la vie sur l’archipel et préserver l’attractivité du secteur auprès de sa main d’œuvre. Une initiative qui témoigne du sens des responsabilités des employeurs locaux, prêts à agir concrètement là où l’action publique tarde encore à se manifester avec la même détermination.
Mais cette mobilisation patronale ne saurait suffire à elle seule. Saint-Pierre-et-Miquelon demeure pleinement français, et c’est précisément à ce titre que l’État se doit d’assumer ses responsabilités envers ce territoire stratégique, situé aux portes du Canada et des États-Unis. Un investissement public renouvelé dans les infrastructures portuaires, routières et patrimoniales ne relève pas d’une faveur, mais d’une obligation de continuité républicaine envers des citoyens français qui n’ont pas à subir, à des milliers de kilomètres de l’Hexagone, un abandon progressif de leurs équipements collectifs.
L’urgence d’une remise à niveau portée par l’État
L’enjeu dépasse la seule question budgétaire. Un archipel aux infrastructures dégradées perd en attractivité touristique, en capacité d’accueil et en compétitivité économique, à un moment où Saint-Pierre-et-Miquelon cherche au contraire à valoriser sa position géostratégique et son potentiel de développement. Sans relance significative de la commande publique, c’est tout l’écosystème entrepreneurial local, fragile mais déterminé, qui risque de s’éteindre faute de chantiers et de perspectives.
Le message porté par Roger Hélène doit désormais trouver un écho auprès des autorités compétentes. Il y va de la préservation d’un territoire qui incarne, depuis des siècles, une présence française pérenne en Amérique du Nord. Redonner à Saint-Pierre-et-Miquelon les moyens d’entretenir et de moderniser ses infrastructures, c’est réaffirmer concrètement l’attachement de la République à l’ensemble de ses territoires, quelle que soit la distance qui les sépare de la métropole.
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