L’enquête sur le trafic de cocaïne transitant par l’aéroport Félix Éboué de Cayenne prend une tournure particulièrement sensible. Cinq personnes ont été mises en examen par la Juridiction interrégionale spécialisée de Fort-de-France dans le cadre d’un vaste dossier de stupéfiants impliquant notamment deux réservistes de la police nationale. Quatre suspects ont été placés en détention provisoire au centre pénitentiaire de Ducos, en Martinique.

Selon le parquet de Fort-de-France, les investigations portent sur un « trafic structuré de stupéfiants » organisé autour du passage de mules entre la Guyane et l’Hexagone. Les enquêteurs soupçonnent certains agents ou réservistes affectés aux contrôles de l’aéroport d’avoir facilité le transit de passeurs malgré le dispositif de contrôle renforcé mis en place depuis 2022.

Parmi les personnes écrouées figurent un ancien adjoint au maire de Cayenne, également réserviste de la police nationale, une femme réserviste ainsi qu’une habitante de Maripasoula. Un fonctionnaire de police a, lui, été laissé libre sous contrôle judiciaire dans l’attente de la suite de l’instruction.

Des soupçons de corruption au cœur du dossier

Les magistrats soupçonnent certains mis en cause d’avoir aidé des passeurs à contourner les contrôles sanitaires et sécuritaires imposés aux voyageurs au départ de la Guyane. Les enquêteurs évoquent notamment des validations frauduleuses ou des simulations de tests urinaires destinés à permettre aux mules d’obtenir une autorisation de voyager vers Paris.

Les mises en examen visent plusieurs infractions particulièrement lourdes : exportation de stupéfiants en bande organisée, détention et transport de cocaïne, corruption active et passive, ainsi que participation à un système structuré de trafic international.

L’affaire fragilise encore davantage l’image des dispositifs de contrôle mis en place à l’aéroport Félix Éboué, devenu ces dernières années l’un des principaux points de départ du trafic de cocaïne vers la métropole. Malgré le « 100 % contrôle » instauré par l’État, les réseaux criminels continuent d’adapter leurs méthodes pour contourner les dispositifs de sécurité.

Une pression croissante sur l’État face au narcotrafic en Outre-mer

Ce dossier relance les inquiétudes autour de l’infiltration des trafics dans certaines structures publiques en Guyane. Depuis plusieurs années, les autorités françaises font face à une explosion du narcotrafic dans ce territoire stratégique d’Amérique du Sud, situé au carrefour des routes de la cocaïne entre le continent sud-américain et l’Europe.

Les services judiciaires et policiers sont désormais confrontés à des organisations criminelles de plus en plus structurées et disposant de moyens financiers considérables. Pour plusieurs responsables politiques et syndicaux, cette affaire démontre la nécessité de renforcer les contrôles internes, les enquêtes administratives et les moyens humains déployés dans les Outre-mer.

Dans un territoire déjà confronté à une forte insécurité et à une pression migratoire importante, l’extension du narcotrafic apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux défis sécuritaires auxquels l’État français doit répondre avec davantage de fermeté et de moyens.

Privacy Preference Center