L’épandage agricole par drone revient dans le débat aux Antilles, avec deux attitudes très différentes entre la Guadeloupe et la Martinique. Alors que plusieurs associations environnementales ont saisi le Conseil d’État pour contester les textes autorisant cette pratique dans certaines conditions, les producteurs martiniquais de bananes y voient un outil capable de mieux cibler les traitements et de réduire les volumes de produits utilisés.

Le cadre juridique découle de la loi du 23 avril 2025 et de plusieurs textes d’application. Ils autorisent l’usage de drones dans les bananeraies et sur certaines parcelles très pentues, notamment lorsque la pente dépasse 20 %. Pour l’instant, seuls les produits de biocontrôle, biologiques ou classés à faible risque peuvent être utilisés de cette manière.

Cette réouverture du dossier suscite néanmoins une forte méfiance. Cinq associations environnementales, parmi lesquelles l’Asfa, Amazona, Aeva, Vivre et Toti-Jon, ont déposé des recours devant le Conseil d’État à la mi-septembre. Elles estiment notamment que les garanties scientifiques restent insuffisantes et redoutent les effets cumulés avec d’anciens polluants encore présents dans les sols antillais.

La Martinique mise sur la précision des drones

En Martinique, les producteurs de bananes se montrent beaucoup plus favorables à cette technologie. Le président de Banamart, Jean-Claude Marraud des Grottes, considère qu’elle pourrait devenir un outil important contre la cercosporiose noire, une maladie qui affecte les feuilles du bananier et pèse directement sur les rendements.

Après des essais réalisés avec de l’eau, les producteurs espèrent pouvoir passer à des tests en conditions réelles à partir du 1er janvier 2027. L’objectif affiché est de réduire de 30 à 35 % les volumes de produits utilisés grâce à une pulvérisation plus précise et mieux ciblée.

Le groupement envisage à terme de déployer une cinquantaine de drones, mais plusieurs obstacles techniques et réglementaires subsistent encore. La question du type de buses autorisées reste notamment à régler.

Pour les producteurs, l’intérêt économique est réel. Les bananeraies couvrent environ 6 000 hectares aux Antilles, dont près de 4 300 en Martinique et 1 700 en Guadeloupe. La filière génère autour de 160 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, ce qui en fait un secteur majeur pour l’agriculture locale.

La Guadeloupe choisit la prudence

En Guadeloupe, le ton est plus réservé. La Direction de l’agriculture indique qu’aucune demande d’autorisation n’a encore été déposée. Les professionnels, déjà confrontés à une forte sécheresse, préfèrent attendre l’issue des recours et mesurer la rentabilité réelle de l’investissement.

Le coût du double équipement, tracteurs d’un côté et drones de l’autre, pose également question. Pour les exploitants, l’intérêt de cette technologie dépendra donc autant de son efficacité agronomique que de sa viabilité économique.

Les textes prévoient plusieurs garde-fous. Les drones doivent voler à faible hauteur, leur vitesse est limitée et une distance minimale de 20 mètres avec les habitations doit être respectée. Mais plusieurs acteurs du dossier estiment que la méthode devra faire l’objet d’un suivi strict avant toute généralisation.

Le débat oppose donc deux approches. Les associations environnementales mettent en avant le principe de précaution et le traumatisme encore très présent du chlordécone. Les producteurs défendent au contraire une technologie de précision qui pourrait réduire les quantités épandues et améliorer l’efficacité des traitements.

Pour les Antilles, l’enjeu sera d’éviter une opposition stérile entre agriculture et environnement. Si les drones permettent réellement de réduire les volumes utilisés tout en protégeant les rendements, ils pourraient constituer un outil utile. Mais leur déploiement devra reposer sur des données scientifiques solides, des contrôles stricts et des règles suffisamment claires pour préserver à la fois les exploitations, les riverains et la confiance du public.

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