El Niño : un phénomène « sans précédent » qui menace aussi les Outre-mer

L’Organisation météorologique mondiale tire la sonnette d’alarme face à un épisode El Niño qualifié d’intensité inédite, dont les effets se font déjà sentir en Guyane. Inondations, incendies, sécheresse : le phénomène climatique frappe de plein fouet plusieurs régions du globe et promet des répercussions durables sur les économies locales.
La secrétaire générale de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Celeste Saulo, a tiré la sonnette d’alarme mercredi 21 octobre lors d’une conférence de presse à Genève. L’épisode actuel d’El Niño « pourrait être d’une intensité sans précédent, dépassant littéralement les échelles de suivi » utilisées « depuis quatre décennies ». Le phénomène « atteindra son intensité maximale vers la fin de 2026 », mais ses « répercussions se feront sentir bien après cette échéance », a-t-elle mis en garde, appelant à « une action anticipée urgente et coordonnée ».
Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU, a abondé dans ce sens lors du même événement, prédisant que ce phénomène « engendrera des chocs économiques pour l’économie mondiale et alimentera davantage les conflits, les déplacements de populations et les migrations ». « Cet épisode El Niño est un phénomène colossal. C’est une véritable force destructrice », a-t-il affirmé, citant l’Amérique latine, l’Afrique orientale et australe, l’Asie ainsi que la région du Pacifique parmi les zones les plus exposées.
En Argentine, la ville touristique de Paso de la Patria, dans le nord-est du pays, est partiellement submergée. « D’un jour à l’autre, un mètre d’eau s’est engouffré chez moi », a témoigné Juan Pablo Gómez, l’un des habitants touchés. Les inondations ont coûté la vie à deux personnes et contraint plus de 2 000 personnes à quitter leur domicile la semaine dernière, sous l’effet de précipitations exceptionnelles qui ont gonflé les fleuves Paraná, Uruguay et Iguazú.
Au Pérou, les incendies de forêt attisés par El Niño ont fait au moins 12 morts depuis juin. « Nous avons une énorme masse d’air chaud et sec sur l’ensemble du Pérou. C’est un produit d’El Niño », a expliqué le biologiste forestier Daniel Valle, enseignant à l’Universidad Científica del Sur. La plupart des victimes sont des paysans qui tentaient de maîtriser les flammes par leurs propres moyens.
En Guyane française, territoire de la République, la situation est préoccupante depuis plusieurs mois. Un important déficit pluviométrique a provoqué une forte baisse du niveau des cours d’eau, interrompant progressivement le trafic fluvial. Face à cette situation, les autorités ont mis en place un pont aérien pour ravitailler quelque 40 000 habitants de communes isolées, dépourvues d’accès routier. L’objectif est d’assurer l’acheminement de biens de première nécessité à un prix raisonnable, le maintien du service public de l’éducation pour la rentrée des vacances de la Toussaint et le bon fonctionnement des moyens de production d’eau potable, y compris sur le littoral. La mobilisation des services de l’État illustre concrètement la capacité de la République à répondre aux crises affectant ses territoires ultramarins.
À l’échelle mondiale, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) alerte sur le risque de déplacement de 874 000 personnes en Somalie au cours des trois prochains mois en raison d’inondations liées au renforcement d’El Niño. L’organisme déplore n’avoir obtenu qu’environ 14,4 % des 16,62 millions de dollars nécessaires pour préparer la réponse à ces inondations. En Colombie, quatre mois consécutifs de records mensuels de températures ont été enregistrés, avec un thermomètre dépassant d’environ 1,5 °C les normales en juillet, août et septembre.
Sur le plan scientifique, les experts rappellent la difficulté d’attribuer formellement chaque événement extrême à El Niño. Michelle L’Heureux, physicienne à la NOAA, compare le phénomène à « une autoroute » sur laquelle circulent les événements météorologiques : El Niño « peut rendre certains phénomènes météorologiques plus ou moins probables au cours d’une saison », sans en être l’unique cause. Davide Faranda, directeur de recherche au CNRS, souligne pour sa part qu’« il faut comparer les conditions observées à ce que l’on aurait attendu en l’absence de ce phénomène, tout en tenant compte du changement climatique et de la variabilité naturelle ».


