Le Parlement européen a tranché. Mercredi 17 juin, les eurodéputés ont validé l’entrée des nouvelles techniques génomiques, dites NGT, dans l’agriculture européenne. Une décision aux conséquences directes pour les Antilles françaises, où la filière banane affronte depuis plus d’une décennie une menace fongique sérieuse, la cercosporiose noire. Pour une partie des planteurs guadeloupéens et martiniquais, ce vote constitue enfin une avancée réglementaire attendue, susceptible de redonner de l’air à une production fragilisée par la maladie et par des années d’attentisme bruxellois.
Contrairement aux organismes génétiquement modifiés de première génération, les NGT ne consistent pas à introduire un gène étranger dans une plante. Elles modifient le matériel génétique d’une espèce en utilisant ses propres gènes. Concrètement, des recherches sont déjà menées sur la banane Cavendish pour ralentir son brunissement, et plusieurs équipes scientifiques, dont celles du Cirad, travaillent à la sélection de variétés capables de résister aux maladies qui rongent les bananeraies. Deux catégories existent : les NGT-1, qui rassemblent les modifications les plus limitées, en deçà de vingt changements génétiques, et qui ne seront pas soumises aux contraintes d’étiquetage en magasin, et les NGT-2, plus profondément transformées, qui resteront encadrées comme les OGM classiques.
Une opposition syndicale qui privilégie l’idéologie à la production
Sans surprise, cette avancée scientifique se heurte à l’hostilité résolue de la Confédération paysanne, dont le porte-parole Thomas Gibert dénonce une manœuvre au seul profit des multinationales semencières. L’argument du risque de brevetage du vivant mérite d’être entendu, et une vigilance juridique s’impose effectivement pour protéger les exploitants familiaux. Mais le syndicat agricole, fidèle à une ligne idéologique constante depuis l’époque du démontage du McDonald’s de Millau, semble surtout réticent par principe à toute innovation issue du progrès scientifique, quitte à freiner des solutions concrètes pour des producteurs en difficulté réelle. L’agro-économiste du Cirad Denis Loeillet rappelle pourtant que la sélection variétale par mutation existe depuis des décennies et a déjà permis de créer des milliers de variétés végétales sans catastrophe sanitaire à la clé.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire a, pour sa part, adopté une position raisonnable, recommandant une évaluation au cas par cas plutôt qu’un rejet de principe. C’est cette approche pragmatique qui doit prévaloir, et non les postures de blocage systématique qui caractérisent une partie de la gauche agricole française depuis des décennies, au détriment des filières d’outre-mer qui ont besoin de solutions et non de slogans.
Reste que les NGT ne constituent pas une baguette magique immédiate. Selon Denis Loeillet, les mécanismes génétiques de résistance à la cercosporiose noire restent difficiles à identifier, et les variétés tolérantes actuellement disponibles demeurent conventionnelles. Avec plus de 6 000 hectares de bananeraies aux Antilles, la transition vers des variétés issues des NGT prendra plusieurs années, ce qui doit inciter les pouvoirs publics à soutenir dès maintenant la recherche et les filières locales, plutôt que de laisser la Confédération paysanne dicter le rythme par la menace du contentieux européen ou de la désobéissance civile. La compétitivité de l’agriculture ultramarine, et avec elle l’avenir de milliers d’emplois aux Antilles, mérite mieux qu’un débat verrouillé par des postures militantes.



