Narcotrafic dans le Pacifique : Nouméa se mobilise pour protéger la Nouvelle-Calédonie

Un séminaire régional réunissant des représentants d’une dizaine de pays s’est tenu les 4 et 5 novembre à Nouméa, à l’initiative du procureur général Camille Miansoni et du haut-commissaire de la République. L’objectif : anticiper l’extension des réseaux criminels internationaux avant qu’ils ne s’implantent durablement dans le Pacifique.
La Nouvelle-Calédonie n’est pas à l’abri du narcotrafic international. C’est le message que le procureur général près la cour d’appel de Nouméa, Camille Miansoni, a tenu à faire passer à l’occasion du séminaire régional « Le Pacifique uni contre le narcotrafic en mer », organisé les 4 et 5 novembre dans la capitale calédonienne.
Si l’Australie et la Nouvelle-Zélande, avec leurs 35 millions d’habitants combinés, constituent les cibles prioritaires des grands réseaux criminels dans la région, le procureur général met en garde contre une forme de fausse sécurité. « La drogue est une économie. Donc un marché est un marché, c’est du business. Donc si vous avez un territoire qui produit de l’économie, qui produit du PIB, vous n’êtes pas du tout à l’abri que les trafiquants s’intéressent à votre marché », a-t-il déclaré. Le pouvoir d’achat des habitants, et non la seule taille démographique du territoire, constitue un critère déterminant pour les organisations criminelles.
Au-delà des débouchés commerciaux, les petits États insulaires du Pacifique présentent un intérêt logistique croissant pour les trafiquants. Zones de stockage, points de ravitaillement, relais de redistribution : les réseaux criminels fonctionnent selon une organisation comparable à celle des grandes entreprises internationales. « Les réseaux de trafiquants adoptent les mêmes méthodes que les grandes industries, c’est-à-dire à la fois les zones de production, des moyens de transport, des zones de stockage, des zones de distribution, exactement comme n’importe quelle chaîne de production qu’on trouve », explique Camille Miansoni. La place de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française sur ces routes figure parmi les sujets examinés lors du séminaire.
Le risque le plus insidieux reste celui de la corruption. Lorsqu’une organisation criminelle cherche à s’implanter, elle tente d’obtenir des complicités locales, notamment au niveau des infrastructures portuaires et des institutions. « La corruption, c’est un cancer pour une société parce que ça vous détruit des États, ça vous détruit des structures. Si on n’y fait pas attention, c’est vraiment une maladie grave qu’il faut absolument essayer de contrôler », avertit le procureur général. Pour les petites nations du Pacifique, dont les institutions sont structurellement plus vulnérables, les conséquences d’une telle infiltration pourraient être particulièrement graves.
Face à des organisations qui disposent, selon Camille Miansoni, « d’une puissance financière phénoménale » et d’une capacité de mobilisation transnationale, la réponse ne peut être qu’collective. Forces de sécurité intérieure, douanes, autorités maritimes, services de renseignement, diplomatie et justice doivent conjuguer leurs efforts. La Marine nationale, qui assure l’action de l’État en mer dans les immenses espaces océaniques du Pacifique, joue à cet égard un rôle central. « Nous avons besoin d’échanger avec nos homologues des États voisins pour harmoniser nos pratiques », souligne le procureur général.
L’enjeu du séminaire de Nouméa est précisément de construire cette coopération avant que la menace ne devienne incontrôlable. Magistrats, policiers, douaniers et responsables maritimes de plusieurs pays ont échangé sur les routes du narcotrafic, les méthodes d’interception en mer et les outils de coopération judiciaire. « Dans la responsabilité qui est celle d’un procureur général, celle d’un haut-commissaire, on n’attend pas que les choses se dégradent, que la situation soit insaisissable, pour penser, organiser et envisager les choses », a insisté Camille Miansoni. Les conclusions des deux journées de travail seront rendues publiques dans leurs grandes lignes, les éléments relevant du renseignement demeurant confidentiels.

