Réunis à Suva, aux Fidji, les 18 membres du Forum des îles du Pacifique n’ont pas réussi à adopter une position commune condamnant le récent essai de missile stratégique chinois dans la région. L’épisode révèle une nouvelle fois les divisions provoquées par la rivalité d’influence entre Pékin et ses concurrents dans le Pacifique.
Les pays du Pacifique ne parleront pas d’une seule voix. Vendredi, les ministres des Affaires étrangères des 18 États membres du Forum des îles du Pacifique, réunis à Suva, n’ont pas trouvé de consensus pour condamner officiellement le récent tir d’essai chinois.
Début juillet, la Chine avait annoncé avoir lancé depuis un sous-marin nucléaire un « missile stratégique » équipé d’une ogive d’entraînement. Le projectile était ensuite retombé dans l’océan Pacifique.
Cet essai avait suscité des inquiétudes dans plusieurs États insulaires, d’autant qu’il intervenait quelques heures après la signature d’un important traité de défense entre l’Australie et les Fidji.
Deux pays bloquent une condamnation
Selon le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères, Winston Peters, deux membres du Forum se sont fermement opposés à l’adoption d’une condamnation explicite de la Chine.
Le responsable néo-zélandais n’a pas directement identifié ces deux pays, mais a laissé entendre que Kiribati et Nauru, qui entretiennent des relations étroites avec Pékin, étaient concernés. Le Vanuatu fait également partie des États du Pacifique entretenant des liens importants avec la Chine.
Winston Peters a vivement critiqué l’influence exercée, selon lui, par des puissances extérieures sur certains gouvernements océaniens. Pour Wellington, les États du Pacifique doivent être capables de définir eux-mêmes leurs positions stratégiques sans dépendre des intérêts des grandes puissances.
La question devient particulièrement sensible alors que la Chine développe depuis plusieurs années sa présence diplomatique, économique et sécuritaire dans le Pacifique Sud.
Tuvalu inquiet après la chute du missile
À l’inverse, Tuvalu souhaitait qu’une déclaration commune soit adoptée par le Forum. Les autorités de l’archipel affirment ne pas avoir été prévenues avant l’essai chinois et indiquent que le missile est tombé à proximité de leur territoire.
Le gouvernement tuvaluan a sollicité plusieurs puissances, dont les États-Unis et la Chine, afin de tenter de retrouver l’ogive d’entraînement utilisée lors de l’essai.
Pour les petits États insulaires, l’épisode pose directement la question de la militarisation progressive du Pacifique. Des territoires disposant de faibles capacités militaires se retrouvent au centre d’une compétition stratégique impliquant notamment la Chine, les États-Unis et l’Australie.
Le prochain sommet aux Palaos particulièrement attendu
Ces divergences devraient revenir au centre des discussions lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement du Forum des îles du Pacifique, prévu en septembre aux Palaos.
Le choix du pays hôte est symbolique. Les Palaos font partie des rares États entretenant encore des relations diplomatiques officielles avec Taïwan, considérée par Pékin comme une partie de son territoire.
La question taïwanaise avait déjà provoqué des tensions lors du précédent sommet organisé à Honiara, aux îles Salomon, alliées de la Chine. La plupart des partenaires extérieurs non membres du Forum, dont Taïwan, avaient alors été empêchés de participer aux rencontres.
Le Pacifique pris dans la rivalité des puissances
L’Australie suit également attentivement ces divisions. Sa ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, souhaite que les États océaniens renforcent leur capacité collective à répondre aux crises touchant la région.
Au-delà du seul essai de missile chinois, le désaccord de Suva illustre ainsi une difficulté croissante pour le Forum : préserver l’unité politique de ses membres alors que chacun développe ses propres partenariats diplomatiques.
Entre États proches de Pékin, partenaires de Taïwan et pays historiquement liés à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande ou aux États-Unis, le Pacifique devient un espace stratégique de plus en plus disputé. La recherche d’une « trajectoire commune » apparaît dès lors comme l’un des principaux défis du prochain sommet régional.



