Ce 1er mai, pendant que certains brandissent les slogans comme on agite des chiffons, à Arue on a surtout transpiré. À 8h pile, la 35e édition du triathlon des entreprises a lancé son coup de sifflet et la Polynésie a répondu présent, fort: 440 équipes au départ, soit près de 1 320 athlètes, un chiffre qui claque comme une gifle au fatalisme. Au programme, du concret, du dur, du simple: 5 km de course à pied, 15 km de VTT, 500 m de natation, la vraie vie en accéléré.
Résultat net, sans bavardage: la Ville de Papeete gagne. Et pas à l’économie. Les trois relayeurs franchissent ensemble la ligne d’arrivée, « le seul moment d’effort partagé » dit-on, mais quel moment, et quel symbole pour une administration qu’on caricature trop souvent. Record à la clé, grignoté de près de deux minutes, nouveau temps de référence: 57 minutes et 53 secondes. Dans les tribunes comme sur le parcours, on a vu ce que donne une équipe sans maillon faible, celle qui travaille, celle qui se coordonne, celle qui ne cherche pas d’excuses.
57’53: quand le service public se paie le luxe d’aller plus vite que tout le monde
Taruia Krainer, le cycliste de l’équipe de Papeete, résume sans fioritures: « Le vélo c’est sûr ça fait la différence, mais si on a un maillon faible dans l’équipe, on ne peut pas gagner la compétition de triathlon. Là les gars ont assuré, on est carrément contents ». Voilà. Pas de grands discours, juste une vérité sportive qui sonne aussi comme une petite leçon de management: quand chacun tient sa place, la machine avance. Air Tahiti, elle, prend la deuxième place en 1h 02’44, distancée dès la course à pied, revenue au VTT, puis à fond dans l’eau, comme une entreprise qui refuse de lâcher.
Derrière les chronos, il y a ce qu’on ne voit pas dans un tableau Excel: la cohésion, la confiance, le collectif. Une participante raconte: « Je trouvais ça bien, déjà, qu’on monte une équipe féminine. On se voit au boulot, on aime le sport, donc c’est vraiment une qualité humaine sur laquelle on peut se retrouver ». Heiri, de l’équipe mixte Socredo, avoue en souriant sa crainte en natation: « J’avais un peu peur qu’il y ait des requins, heureusement je n’en ai pas rencontré ». On rit, mais on comprend, parce que l’océan ici n’est jamais un décor.
Au fond, cette journée dit quelque chose d’assez sain sur le pays: quand on laisse les gens travailler, s’organiser, se dépasser, la société respire mieux que dans les manifs de professionnels du désordre. Entre collègues, on se serre les coudes, on se tire vers le haut, on se retrouve, et ce 1er mai-là a ressemblé à ce qu’il devrait être plus souvent: un rendez-vous de construction plutôt que de contestation



