Mai, ses jours fériés, ses longs week-ends… et la tentation de prendre le large comme on va au marché. À Wallis, la mer fait partie du décor, de l’assiette et parfois du gagne-pain. Sauf qu’en mer, le décor peut se refermer d’un coup. Un grain qui tombe, un moteur qui tousse, une dérive qui s’installe et la balade se transforme en galère, puis en drame. Ce rappel-là n’a rien de moraliste, il est concret, brutal, vécu.
Thierry Tukumuli, lui, n’est pas du genre à théoriser depuis la plage. Il a déjà eu six accidents. Le plus marquant remonte à 2020, bateau chaviré au large, cinq hommes à l’eau, loin des côtes. « Les secours ont été rapidement alertés parce que mon bateau était équipé. Dès que j’ai pu, j’ai prévenu les gendarmes et la famille grâce à mon téléphone satellite. Je pense sincèrement que c’est qui nous a sauvé la vie. » Quand il dit ça, on entend surtout une vérité simple, la technologie et la discipline sauvent, l’improvisation tue.
Une radio, un gilet, un appel… et la République au bout du fil
Ça coûte cher, oui. Mais « la vie l’est encore plus », insiste Thierry, qui embarque désormais systématiquement son matériel. Le gilet de sauvetage, lui, reste l’oublié des sorties soi-disant “courtes”, celles vers l’îlot d’à côté, celles où l’on se croit invincible parce qu’on voit encore la côte. « Des enfants au adultes, mettez un gilet de sauvetage… Même si vous sortez à l’îlot le plus proche, enfilez un gilet. » À force de négligence, on finit par confondre la mer avec une route départementale. Mauvaise idée.
Et puis il y a l’autre pilier, moins visible mais décisif, la chaîne d’alerte. À Wallis, Wallis Radio, avec Michel Soula, fait office de tour de contrôle du quotidien pour ceux qui ont une VHF. Les canaux 9, 20, 22 et 16, ce ne sont pas des détails pour initiés, c’est le fil qui relie une panne à une assistance, une dérive à un repérage, une angoisse à une intervention. « Si je ne sais pas qui est en mer et où, je ne peux rien faire », prévient-il, presque comme un reproche à ceux qui partent sans prévenir, puis s’étonnent que l’État arrive trop tard.
À l’arrivée, la mer reste une richesse, mais elle ne pardonne pas les postures, ni les discours. Ce qui marche, c’est l’ordre, la responsabilité, le respect des règles, celles qu’on applique en France parce qu’elles ont été écrites avec le sang des naufrages. VHF, téléphone satellite, gilet, météo, départ signalé, retour confirmé, ce n’est pas “bureaucratique”, c’est le minimum quand on tient à sa famille et à ceux qui devront venir vous chercher. La question, au fond, est toute simple : on veut des secours rapides, très bien… mais combien accepteront de faire leur part avant de larguer les amarres ?



