Vendredi 1er mai 2026, Gaston Browne a prêté serment devant le gouverneur général, sourire large et calendrier verrouillé pour cinq ans. Quatrième mandat d’affilée, un record, et une démonstration de force au Parlement : 15 sièges sur 17 pour l’Antigua and Barbuda Labour Party (ABLP) après le scrutin du 30 avril, avec 62 % de participation.

Dans une région caribéenne où les gouvernements valsent parfois au rythme des crises et des cyclones, Browne joue la carte de la continuité, du béton et des chiffres, revendiquant la performance économique, les infrastructures et le développement, bref la promesse d’un cap maintenu quand l’électeur, lui, a surtout horreur du saut dans le vide.

Washington applaudit, Barbuda résiste

Les félicitations ont plu, et pas seulement entre voisins. Kamla Persad-Bissessar (Trinidad-et-Tobago) et Mia Mottley (Barbade) ont salué la victoire, tandis que Marco Rubio, depuis Washington, a fixé le menu sans détour : sécurité régionale, lutte contre l’immigration illégale, réseaux criminels et trafics. Browne a répondu dans un registre très personnel, presque scène ouverte, avec son « Rasta Dreadman » et ses « bénédictions », manière de dire qu’il maîtrise autant la diplomatie que la com’. Pendant ce temps, l’UPP (United Progressive Party), qui promettait le changement et martelait la vie chère en accusant le pouvoir de népotisme, repart quasiment les mains vides : un seul siège sauvé par Jamale Pringle. À ce niveau-là, ce n’est plus une opposition, c’est une vigie solitaire au fond de l’hémicycle, et la gauche locale, elle, n’a pas trouvé la recette pour transformer la colère en votes.

Reste Barbuda, l’îlot qui dit non, et fort. Trevor Walker et son Barbuda People’s Movement (BPM) ont refusé toute alliance avec les partis d’Antigua et ont battu le candidat de l’ABLP, en brandissant le drapeau des terres communautaires contre les projets hôteliers de luxe portés par des promoteurs internationaux, sans « consultation » préalable. « Nous allons défendre notre terre, c’est tout ce que nous avons », a lancé Walker, rappelant un conflit ancien, presque héréditaire, entre centre et périphérie. Browne a gagné largement, oui, mais quand une partie du pays se crispe sur la propriété, l’identité et le tourisme, la majorité peut-elle rester un long fleuve tranquille, ou la prochaine bataille se jouera-t-elle sur le sable de Barbuda ?

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