Polynésie française : un plan ambitieux pour relancer l’accession à la propriété dès 2027

Face à la tension persistante du marché immobilier polynésien, le gouvernement du Pays a présenté à l’Assemblée un ensemble de réformes et de dispositifs concrets pour permettre aux classes moyennes d’accéder à la propriété. Bail réel logement, prêt à taux zéro, accession directe sans période locative : les outils se multiplient pour fluidifier un marché grippé.
Le marché immobilier polynésien est sous pression. Louer une maison d’une chambre à Punaauia coûte jusqu’à 170 000 francs par mois, tandis qu’un appartement à Papeete dépasse couramment les 50 millions à l’achat. Une réalité qui pénalise désormais bien au-delà des ménages les plus modestes, touchant de plein fouet les classes moyennes dont les revenus ne suffisent plus à couvrir les prix du marché.
Interpellé le 5 novembre lors de la session budgétaire à l’Assemblée de Polynésie française, le ministre du Logement, Oraihoomana Teururai, a présenté un bilan des chantiers en cours et annoncé plusieurs réformes structurelles. En 2025, 108 logements sociaux en habitat groupé ont été livrés. Actuellement, 384 sont en travaux et 500 autres à l’étude, auxquels s’ajoutent 600 fare engagés comptablement. Du côté du logement intermédiaire, les organismes privés de logement social (OPLS) ont livré 55 logements l’an passé et prévoient d’en livrer 85 cette année, puis 209 en 2027.
Le projet de budget 2027 prévoit l’agrément de 200 logements supplémentaires, adossé à une autorisation de programme d’un milliard de francs et à 800 millions de francs de crédits d’impôt au titre de la défiscalisation locale. Des leviers qui témoignent de la volonté du gouvernement d’associer investissement public et incitation au secteur privé pour accroître l’offre disponible.
La réforme la plus attendue concerne le dispositif des OPLS. Une révision doit prochainement être soumise au vote de l’Assemblée, avec pour principale innovation la suppression de la période obligatoire de cinq années de location avant toute acquisition. Les ménages éligibles pourraient ainsi acheter directement leur logement, dès 2027, sur des terrains appartenant au Pays. Cinq sites ont déjà été identifiés, représentant plus de neuf hectares et un potentiel de 226 logements répartis à Paea, Afaahiti, Papeete et Punaauia.
Le gouvernement mise également sur le bail réel logement (BRL), adopté en juin dernier. Ce mécanisme repose sur la dissociation du foncier et du bâti, permettant de neutraliser une charge pouvant représenter jusqu’à 20 % du coût d’une opération. Le prix de vente des logements réalisés dans ce cadre serait plafonné à 320 000 francs par mètre carré hors taxes, soit 32 millions pour un logement de 100 mètres carrés. Le Pays entend mettre ses propres terrains à disposition des opérateurs immobiliers pour accélérer la mise en œuvre du dispositif.
Pour les ménages souhaitant accéder à la propriété sans attendre ces nouvelles constructions, plusieurs aides sont d’ores et déjà mobilisables. Le prêt à taux zéro (PTZ), institué par la loi du Pays du 13 octobre 2025 et soutenu par les trois principales banques de Polynésie, aurait déjà permis à 90 ménages de franchir le pas. Il est cumulable avec l’aide à l’investissement des ménages (AIM), renforçant ainsi le pouvoir d’achat immobilier des foyers éligibles.
À plus long terme, la filiale Arana pourrait reprendre la gestion des kits Fare Tropical de l’Office polynésien de l’habitat (OPH), dont l’activité est en sommeil depuis peu. L’OPH, dont les comptes sont revenus à l’équilibre, pourrait alors se recentrer sur le logement exclusivement social, clarifiant ainsi la répartition des rôles entre les différents acteurs du secteur.
Le ministre a néanmoins tenu à tempérer les attentes sur les délais : entre l’identification du foncier, la recherche de financements, les études et la construction, une période d’attente incompressible demeure inévitable. La trajectoire est tracée, les outils sont posés ; reste à transformer ces engagements en logements livrés.


