La Polynésie française revient ce lundi au cœur des travaux de la Quatrième Commission de l’ONU à New York. À la tête de la délégation polynésienne, le président Moetai Brotherson entend défendre l’ouverture d’un dialogue avec l’État français, puis l’organisation éventuelle d’une mission de visite des Nations unies dans le territoire. Une stratégie qui relance un débat institutionnel sensible, alors que l’Assemblée de la Polynésie française avait adopté une position plus consensuelle en conditionnant une telle mission à l’accord de l’État.

La Quatrième Commission, compétente notamment pour les questions de décolonisation, siège à New York du 1er octobre au 18 novembre 2026. La Polynésie française figure depuis plusieurs années parmi les territoires examinés dans ce cadre par les Nations unies. En décembre 2025, l’Assemblée générale avait encore adopté une résolution spécifique sur la Polynésie française, sans vote, après examen par cette même commission.

Moetai Brotherson assume toutefois une ligne plus offensive que celle retenue par l’Assemblée polynésienne dans sa résolution. Il explique vouloir d’abord obtenir un dialogue avec Paris, puis définir dans ce cadre les conditions d’une éventuelle mission onusienne. Il continue surtout à employer l’expression de « dialogue de décolonisation », estimant que le processus doit conduire à un acte d’autodétermination, sans pour autant préjuger, selon lui, du choix final des Polynésiens.

Paris et Papeete restent en désaccord sur le rôle de l’ONU

La position française demeure sensiblement différente. Lors des précédents travaux du Comité spécial de la décolonisation, le représentant de la France avait rappelé que Paris ne reconnaissait pas de processus institutionnel accordant un rôle décisionnel aux Nations unies dans l’avenir de la Polynésie française. La France met au contraire en avant le large statut d’autonomie du territoire, qui lui confie déjà de nombreuses compétences en matière économique, sociale, sanitaire, éducative ou culturelle.

Moetai Brotherson considère de son côté que ces compétences ne suffisent pas à clore la question institutionnelle. Il affirme qu’en l’absence d’ouverture d’un dialogue avec l’État après cette nouvelle séquence new-yorkaise, il pourrait engager une action contentieuse contre la France. Le président polynésien s’inscrit ainsi dans la continuité de démarches précédemment entreprises par Antony Geros, même si ces procédures se sont heurtées à des questions de recevabilité.

Ce désaccord révèle deux visions très différentes. Pour le gouvernement indépendantiste, la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU justifie un processus encadré par les Nations unies. Pour l’État français, le statut actuel repose sur un haut degré d’autonomie interne et sur un cadre constitutionnel qui réserve à la République les compétences régaliennes. La Polynésie française dispose par ailleurs d’institutions propres, dont une assemblée et un gouvernement, mais les domaines de souveraineté comme la défense, la justice, la monnaie ou la diplomatie restent de la compétence de l’État.

Une séquence politique marquée par la mort de Léon Tefau

La délégation polynésienne traverse en parallèle un moment de deuil. Léon Tefau, cadre historique du Tavini Huiraatira, est décédé à New York dans la nuit du 3 au 4 octobre alors qu’il participait lui aussi à cette séquence onusienne. Moetai Brotherson lui a rendu hommage en évoquant un militant indépendantiste de longue date, fidèle compagnon de route d’Oscar Temaru.

Le président polynésien a rappelé que leurs trajectoires politiques avaient récemment divergé, mais il a salué la rigueur et l’engagement de Léon Tefau. La délégation travaille désormais avec la famille et les responsables du Tavini afin d’organiser le rapatriement de son corps vers la Polynésie française.

Cette disparition ajoute une dimension particulière à une séquence déjà politiquement chargée. Elle intervient alors que les tensions internes au mouvement indépendantiste ont été importantes ces derniers mois, avec notamment plusieurs départs du Tavini. Elle ne modifie toutefois pas la ligne défendue par Moetai Brotherson devant les Nations unies.

Le débat qui s’ouvre à New York ne modifiera pas immédiatement le statut de la Polynésie française. Il confirme en revanche que la question institutionnelle reste ouverte et que le gouvernement polynésien entend continuer à l’internationaliser. La suite dépendra surtout de la réponse de l’État français à la demande de dialogue formulée par Papeete et de la capacité des différentes forces politiques polynésiennes à dégager une position commune sur l’avenir du territoire.

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