À New York, l’élue autonomiste Tepuaraurii Teriitahi défend l’idée d’une mission du Comité spécial de la décolonisation des Nations unies en Polynésie française, à condition qu’elle soit acceptée par la France. Une position qui rejoint, sur la méthode, celle des indépendantistes, mais avec un objectif politique très différent : montrer la réalité du territoire tout en rappelant que les préoccupations quotidiennes des Polynésiens restent avant tout le pouvoir d’achat, la vie chère et les risques climatiques.

La séquence new-yorkaise a donné lieu à une situation politique inhabituelle. Indépendantistes et autonomistes ont demandé ensemble qu’une mission du Comité des 24 puisse se rendre en Polynésie française. Une rencontre commune a même eu lieu avec la présidence du C24 afin de défendre cette demande de visite.

Pour Tepuaraurii Teriitahi, une telle mission ne pourrait toutefois intervenir qu’après un accord avec la France. Elle rappelle que les Nations unies n’ont pas vocation à s’imposer sur le territoire sans concertation avec Paris. L’élue autonomiste estime qu’une visite permettrait justement aux observateurs internationaux de constater directement le niveau de développement, les institutions et les conditions de vie en Polynésie française.

Autonomistes et indépendantistes réunis sur la méthode, pas sur l’objectif

Cette convergence ne signifie pas un rapprochement politique entre les deux camps. Le Tapura et les indépendantistes continuent de défendre des conceptions opposées de l’avenir institutionnel du territoire. Avant même le déplacement à New York, Tepuaraurii Teriitahi avait expliqué que chaque groupe conserverait son propre discours et ses propres objectifs, malgré leur accord sur l’intérêt d’une mission du C24.

Le gouvernement de Moetai Brotherson défend pour sa part l’ouverture d’un dialogue de décolonisation avec l’État, sous accompagnement des Nations unies. Le président polynésien a porté cette demande devant la Quatrième Commission de l’ONU le 5 octobre.

La France reste cependant sur une ligne différente. Paris rappelle que la Polynésie française bénéficie d’un large statut d’autonomie et estime que les discussions institutionnelles doivent être conduites directement entre l’État et les représentants polynésiens, sans rôle formel confié aux Nations unies. Cette position avait déjà été affirmée devant le Comité des 24 et a de nouveau été exprimée lors de la séquence actuelle à New York.

« Les vraies urgences » : pouvoir d’achat et climat

Tepuaraurii Teriitahi insiste surtout sur un autre point : selon elle, les débats institutionnels ne correspondent pas aux préoccupations immédiates de la majorité des Polynésiens. L’élue autonomiste estime que les habitants sont d’abord confrontés au coût de la vie, aux difficultés de pouvoir d’achat et aux conséquences possibles des phénomènes climatiques comme El Niño.

Cette ligne traduit la stratégie autonomiste : accepter qu’une mission internationale vienne constater la situation du territoire, mais refuser que la question institutionnelle monopolise durablement le débat politique.

La position de Paris pourrait toutefois encore évoluer dans sa forme. Le représentant français à l’ONU a annoncé que le président de la République conduirait des consultations avec les différentes parties prenantes polynésiennes, tout en maintenant pour l’instant le refus d’un processus placé sous l’égide de l’ONU.

Le débat reste donc ouvert. Sur la venue d’une mission du Comité des 24, une convergence ponctuelle existe désormais entre autonomistes et indépendantistes. Mais derrière cette unité de façade demeure une fracture fondamentale : les uns veulent utiliser cette visite pour alimenter un processus de décolonisation, tandis que les autres entendent surtout montrer que l’urgence, pour la Polynésie française, se situe aujourd’hui dans les conditions de vie et le développement économique.

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