Trafic d’armes vers Haïti : la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique citées dans un rapport ONU

Par Info Outre-mer 3 min de lecture
Trafic d’armes vers Haïti : la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique citées dans un rapport ONU
Trafic d’armes vers Haïti : la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique citées dans un rapport ONU Image : DR
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Un rapport confidentiel du panel d’experts des Nations unies consacré à Haïti révèle qu’un réseau de vente d’armes sur messageries chiffrées affirmait pouvoir livrer des acheteurs dont les numéros étaient enregistrés dans les territoires français d’Amérique. Aucune saisie ni livraison avérée n’est documentée dans ces territoires.

Un rapport du panel d’experts assistant le Conseil de sécurité de l’ONU sur le dossier haïtien a fuité. Il recense 28 saisies d’armes et de munitions réalisées entre le 22 octobre 2022 et le 1er juillet 2026 : huit à Miami, seize en Haïti et quatre en République dominicaine. Le bilan documenté s’élève à 69 pistolets, 67 fusils semi-automatiques, un fusil de calibre .50 et près de 81 000 cartouches.

Parmi les éléments les plus préoccupants du document figure la description d’un groupe baptisé « marché des armes », actif en 2025 sur des messageries chiffrées. Son administrateur, dont le numéro de téléphone était enregistré en France, proposait des armes d’occasion, pistolets et fusils semi-automatiques, en affirmant pouvoir livrer partout. Les numéros des acheteurs potentiels recensés par les experts étaient enregistrés en Haïti, en République dominicaine, mais aussi en Guadeloupe, en Guyane et en Martinique.

Les experts eux-mêmes prennent soin de circonscrire la portée de cette mention. Il s’agit de la déclaration d’un vendeur, non d’une livraison établie. Aucune saisie, aucune enquête ouverte et aucune arme livrée ne sont documentées dans ces trois territoires français. La présence de numéros ultramarins dans le fichier du réseau indique que ces territoires figuraient dans l’argumentaire commercial du vendeur, sans qu’il soit possible d’en tirer des conclusions sur une participation effective d’habitants de ces départements au trafic.

Le rapport souligne néanmoins que la question mérite une réponse des autorités françaises et, a minima, une investigation. La France dispose sur place de services de police, de gendarmerie et de douanes dont la mobilisation sur ce dossier s’impose au regard de la gravité du contexte haïtien.

Le tableau d’ensemble dressé par les experts est celui d’un approvisionnement massif et diversifié des gangs haïtiens. Les armes transitent par voie maritime depuis Miami, par voie terrestre depuis la République dominicaine, et sont parfois achetées directement aux États-Unis. La commune haïtienne de Belladère est identifiée comme un point de passage particulièrement vulnérable à la frontière dominicaine. Le 25 février 2025, les autorités dominicaines ont intercepté au port de Haina un conteneur en provenance de Miami et à destination de Belladère, contenant 16 fusils de calibre 7,62 × 39 mm, un fusil de calibre .50, un pistolet-mitrailleur, cinq pistolets et des dizaines de milliers de cartouches.

Les gangs ont sensiblement modernisé leur arsenal. Ils ont délaissé les armes artisanales et les revolvers au profit de fusils semi-automatiques de calibre 5,56 × 45 mm et de pistolets. Les prix pratiqués à Port-au-Prince et dans le Bas-Artibonite témoignent de la valeur marchande de ces équipements : un pistolet s’y négocie entre 2 000 et 4 000 dollars, un fusil semi-automatique entre 5 000 et 8 000 dollars, et une cartouche environ 3 dollars.

Le rapport pointe également des complicités internes. Des membres de la police nationale haïtienne et des dirigeants du pays sont mis en cause dans l’alimentation des gangs. Les entreprises de sécurité privées, plus d’une centaine recensées en Haïti, constituent une autre source d’acquisitions illicites. Un rapport antérieur du même groupe d’experts avait par ailleurs documenté le détournement de plus de 900 000 articles, principalement des munitions, dans les stocks de la Police nationale dominicaine, dont des cartouches ont été retrouvées chez le gang des 400 Mawozo.

La stabilisation d’Haïti, condition indispensable à tout redressement économique et sécuritaire de la région caribéenne, passe manifestement par un renforcement des contrôles aux frontières maritimes et terrestres, et par une coopération accrue entre les États concernés, au premier rang desquels la France, dont les territoires sont désormais cités dans ce type de document onusien.