Près de cinq ans après le démantèlement d’un réseau présumé de trafic de cocaïne entre la Guyane et la Vienne, six prévenus ont finalement comparu mardi 6 octobre devant le tribunal correctionnel de Poitiers. Le parquet a requis des peines allant de quatre à six ans de prison contre les trois principaux mis en cause. Le jugement sera rendu le 29 octobre.
L’affaire remonte à janvier 2022, au terme d’une année d’enquête menée par les policiers de la Sûreté départementale de Poitiers avec l’appui de la brigade des stupéfiants de Paris. L’un des suspects avait été interpellé à l’aéroport de Roissy avec 11 kilos de cocaïne en provenance de Cayenne, destinés selon l’accusation à être acheminés jusqu’à Poitiers.
Deux autres hommes avaient ensuite été arrêtés à proximité de l’aéroport et présentés comme les principaux organisateurs du réseau. Au cours des perquisitions, les enquêteurs avaient également saisi deux kilos supplémentaires de cocaïne, 20 000 euros en liquide, des armes de poing et plusieurs véhicules haut de gamme.
Une procédure profondément fragilisée par plusieurs annulations
Le procès aura mis du temps à se tenir. L’audience a été renvoyée à quatre reprises, notamment en raison de recours déposés par les avocats de la défense. Plusieurs techniques d’enquête, parmi lesquelles des écoutes téléphoniques, des perquisitions et des opérations de géolocalisation, ont été contestées.
La justice a finalement prononcé la nullité de plusieurs actes de procédure. Trois personnes initialement mises en examen ne comparaissent d’ailleurs plus dans cette affaire, les éléments les concernant ayant été annulés.
Cette évolution a considérablement réduit le périmètre du dossier, sans pour autant faire disparaître les accusations visant les six prévenus présents devant le tribunal.
À la barre, les versions se sont opposées. Les deux hommes présentés comme les organisateurs présumés du trafic ont contesté leur implication. À l’inverse, l’homme arrêté avec les 11 kilos de cocaïne à Roissy a reconnu avoir participé au réseau et a donné plusieurs éléments sur son fonctionnement, tout en exprimant des regrets.
Le parquet requiert de quatre à six ans de prison
Trois femmes, anciennes compagnes de certains des prévenus, comparaissaient également. Elles ne sont pas poursuivies pour trafic de stupéfiants mais notamment pour recel. L’accusation leur reproche d’avoir bénéficié de biens ou de sommes provenant du trafic, ce qu’elles contestent en affirmant qu’elles ignoraient l’origine de l’argent utilisé.
Le tribunal s’est notamment intéressé au train de vie de plusieurs protagonistes : vêtements de luxe, espèces et véhicules de grande valeur avaient attiré l’attention des enquêteurs. Les prévenus ont avancé différentes explications, notamment des gains issus de paris sportifs ou des paiements en espèces.
Cinq des six personnes jugées sont originaires de Guyane et vivaient à Poitiers au moment des faits. Quatre avaient déjà été condamnées dans d’autres dossiers.
À l’issue des débats, le ministère public a requis des peines comprises entre quatre et six ans d’emprisonnement contre les trois hommes présentés comme les principaux acteurs du trafic. Des peines avec sursis ont été demandées contre leurs anciennes compagnes.
Le tribunal rendra sa décision le 29 octobre. Cette affaire, marquée à la fois par l’importance des quantités de cocaïne saisies et par les nombreuses contestations de procédure, illustre une nouvelle fois la complexité des enquêtes portant sur les filières entre la Guyane et l’Hexagone.



