Le Sénat hausse le ton face à la flambée persistante des prix dans les territoires ultramarins. Dans plusieurs travaux et auditions menés ces derniers mois, les parlementaires dénoncent un système économique jugé opaque, marqué par des marges insuffisamment contrôlées et des pratiques commerciales considérées comme abusives dans certains secteurs de la grande distribution. Une situation qui alimente depuis des années la colère sociale dans les Outre-mer français.
Les sénateurs pointent notamment le manque de transparence dans la formation des prix, alors que les écarts avec l’Hexagone dépassent régulièrement 30 % à 40 % selon les territoires et les catégories de produits. Plusieurs responsables des Observatoires des prix, des marges et des revenus ont reconnu devant la Haute assemblée manquer de moyens pour contrôler efficacement les mécanismes de fixation des prix ou accéder aux données financières de certains grands groupes.
Des groupes puissants au cœur des critiques
Les auditions menées au Sénat ont également ciblé plusieurs grands acteurs de la distribution présents dans les territoires ultramarins, notamment le Groupe Bernard Hayot, régulièrement accusé par ses détracteurs de profiter d’une situation de quasi-domination économique dans certaines îles. Le groupe rejette toutefois ces accusations et affirme jouer un rôle essentiel dans l’approvisionnement des territoires.
Face à cette situation, le gouvernement et plusieurs sénateurs souhaitent renforcer les pouvoirs de contrôle de la DGCCRF, améliorer l’accès aux comptes des entreprises et donner davantage de leviers aux préfets ainsi qu’aux Observatoires des prix locaux. Le projet de loi actuellement débattu prévoit également un encadrement renforcé de certaines marges et une surveillance accrue des « marges arrière » pratiquées dans la grande distribution.
L’État sous pression pour restaurer la confiance économique
Dans les territoires ultramarins, la vie chère demeure l’un des principaux facteurs de tensions sociales et politiques. Les émeutes survenues en Martinique ou en Nouvelle-Calédonie ont rappelé à quel point les difficultés économiques peuvent rapidement déstabiliser des territoires déjà fragilisés par l’éloignement, le chômage et la dépendance aux importations.
Pour de nombreux élus locaux, l’enjeu dépasse désormais la seule question du pouvoir d’achat. Il s’agit aussi de rétablir l’autorité de l’État face à des situations économiques parfois jugées verrouillées par quelques grands groupes privés. Plusieurs sénateurs estiment que la République ne peut durablement accepter des écarts de prix aussi importants dans des territoires qui font pleinement partie de la France.



