Environ 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année en France. Face à l’ampleur de ce phénomène, plusieurs psychiatres demandent un dépistage plus systématique, une meilleure prise en charge des victimes et un accompagnement des personnes susceptibles de passer à l’acte.

Les spécialistes estiment que la prévention doit commencer par l’identification rapide des violences. Les professionnels de santé, les enseignants et les adultes entourant l’enfant doivent être davantage préparés à repérer les signes pouvant révéler une agression.

Protéger les victimes sans les stigmatiser

La professeure Florence Thibault, psychiatre à l’hôpital Cochin, appelle à renforcer l’accompagnement des enfants victimes afin de les protéger durablement et de traiter les conséquences psychologiques des agressions.

Selon les données qu’elle avance, entre 30 et 40 % des agresseurs sexuels auraient eux-mêmes subi des violences pendant leur enfance. Cette proportion atteindrait 70 % parmi les auteurs mineurs.

Une étude publiée en 2017 dans la revue médicale The Lancet estime également qu’un homme agressé sexuellement dans son enfance présenterait un risque 3,5 fois plus élevé de devenir auteur de violences sexuelles.

Ces statistiques ne signifient toutefois pas que les enfants victimes deviendront nécessairement des agresseurs. La grande majorité d’entre eux ne commet aucun crime. Elles soulignent surtout l’importance d’une prise en charge précoce afin d’éviter que les traumatismes ne restent sans traitement.

Prévenir sans renoncer à punir

Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, 60 % des auteurs d’infractions sexuelles contre des mineurs étaient des membres de leur famille en 2023.

Cette forte proportion complique la libération de la parole. L’enfant peut craindre de ne pas être cru, de provoquer l’éclatement de sa famille ou de subir des représailles. La protection doit donc être immédiate dès qu’un signalement sérieux est effectué.

Depuis 2021, le dispositif STOP propose une aide confidentielle aux personnes qui craignent de commettre une agression sexuelle. L’objectif est de permettre une intervention médicale avant tout passage à l’acte.

Le psychiatre Antoine Pelissolo défend ainsi une politique capable d’empêcher les crimes avant qu’ils ne soient commis. Cette prévention ne saurait remplacer la réponse pénale. La protection des enfants exige à la fois une justice ferme contre les agresseurs, un accompagnement durable des victimes et des dispositifs capables d’intervenir avant qu’un nouveau drame survienne.

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