Les territoires ultramarins pourraient se retrouver au cœur d’un vaste travail d’évaluation du modèle social français. À la rentrée, Ian Boucard, député Les Républicains du Territoire de Belfort et vice-président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale, installera une commission d’enquête parlementaire chargée de dresser, pour la première fois, un état des lieux complet des aides sociales versées en France. Un chantier qui concerne naturellement les outre-mer, où les politiques de solidarité occupent une place essentielle dans la vie économique et sociale.
L’objectif de cette commission est ambitieux : recenser l’ensemble des aides sociales distribuées par l’État, les collectivités territoriales et les différents organismes publics, en mesurer le coût réel et analyser leur impact sur le retour à l’emploi. Ian Boucard estime que ces dispositifs représentent près de 120 milliards d’euros par an, tout en soulignant qu’il n’existe aujourd’hui aucun inventaire consolidé permettant d’en connaître précisément le périmètre.
Pour les territoires ultramarins, les enjeux sont considérables. Les départements et régions d’outre-mer connaissent des réalités économiques très différentes de celles de l’Hexagone. Selon les données de l’Insee, le taux de chômage dépasse encore 17 % en Guadeloupe, 18 % en Martinique, près de 26 % à La Réunion, tandis qu’il atteint plus de 30 % en Guyane et près de 37 % à Mayotte, contre environ 7 % dans l’Hexagone. Ces écarts expliquent le rôle majeur joué par les prestations sociales dans le quotidien de centaines de milliers de familles.
La pauvreté y est également plus marquée. En Guyane et à Mayotte, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté monétaire, tandis que les taux restent largement supérieurs à ceux observés dans l’Hexagone en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion. À ces difficultés s’ajoutent un coût de la vie souvent plus élevé, des marchés de l’emploi plus restreints et des contraintes géographiques qui rendent l’action publique particulièrement complexe.
Une commission qui pourrait peser sur les politiques publiques ultramarines
Dans ce contexte, les travaux de la commission d’enquête seront suivis avec attention par les élus ultramarins. Ian Boucard souhaite notamment déterminer si certains dispositifs atteignent pleinement leurs objectifs, s’ils répondent efficacement aux situations de précarité et si leur articulation avec les politiques d’insertion professionnelle peut être améliorée.
Le député entend également examiner les éventuels effets de cumul entre certaines prestations, les mécanismes de contrôle, la lutte contre la fraude ainsi que les conditions d’attribution des aides. Il insiste toutefois sur un point : il ne s’agit pas, selon lui, de remettre en cause le principe de solidarité nationale, mais de disposer enfin d’une photographie précise d’un système devenu particulièrement complexe au fil des décennies.
Les outre-mer pourraient occuper une place importante dans ces travaux. Plusieurs dispositifs y sont spécifiques ou adaptés aux réalités locales, tandis que le poids des politiques sociales dans l’économie des territoires est bien plus élevé qu’en métropole. Les auditions menées par la commission devraient ainsi permettre d’évaluer si les mécanismes actuels répondent réellement aux besoins des populations ultramarines ou s’ils méritent d’être modernisés.
Au-delà du débat politique, cette commission pourrait constituer l’une des évaluations les plus complètes jamais réalisées sur les politiques sociales françaises. Pour les outre-mer, où les questions de pouvoir d’achat, de chômage, de précarité et de développement économique demeurent au cœur des préoccupations, ses conclusions pourraient nourrir de futures réformes et alimenter un débat appelé à prendre une place importante dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.



