À Dzoumogné, ce mardi 28 avril à 7h, les blouses blanches ne viendront pas faire de la figuration. Le syndicat Sud-Santé Sociaux Mayotte appelle à un droit de retrait au centre médical de référence, après une série d’agressions et un climat qui, sur place, ressemble moins à un service public protégé qu’à une zone où chacun regarde derrière son épaule.

Car oui, le droit de retrait, en France, ce n’est pas une lubie ni une posture. C’est l’ultime bouton d’alarme quand les agents estiment faire face à un « danger grave et imminent ». Le syndicat le dit sans détour: le personnel « ne peut plus exercer sa mission de service public au péril de son intégrité physique ». À Mayotte, cette phrase claque comme un constat d’échec collectif, celui d’une île sous pression migratoire, avec des urgences saturées, des équipes à bout et une insécurité qui s’invite jusque dans les couloirs de soins.

« Danger grave et imminent »: quand soigner devient survivre

Sud-Santé réclame deux gestes simples, presque basiques dans une République qui se respecte. D’abord, la venue sur site des instances chargées des conditions de travail, la F3SCT et le comité social d’établissement, « pour constater la situation et soutenir les agents ». Ensuite, un message clair adressé à la direction du CHM: ouvrir « sans délai » un vrai dialogue social et, mieux encore, rejoindre le mouvement pour afficher une solidarité concrète envers des personnels « victimes d’agressions répétées ». Quand on en est à supplier sa hiérarchie de venir sur le terrain, c’est que quelque chose s’est cassé.

Vendredi déjà, un rassemblement avait été organisé devant l’établissement, au lendemain de heurts et de caillassages dans ce village de Bandraboua, avec ces scènes rapportées sur « l’impasse menant à l’hôpital ». Même le transport du personnel, stoppé à l’époque par l’ancienne direction, revient dans les discussions comme un symbole: à force de reculer, on finit par laisser le terrain aux plus violents. Et pendant que certains, à gauche, excellent à commenter la « tension sociale » depuis un bureau climatisé, ceux qui tiennent l’hôpital, eux, encaissent les insultes, les menaces, parfois les coups.

Reste la question qui fâche, celle que tout le monde connaît mais que trop peu osent poser franchement: qui protège l’hôpital à Mayotte, concrètement, aujourd’hui? Vigiles, filtrage, coopération visible avec les forces de l’ordre, dépôts de plainte systématiques, sanctions, présence dissuasive, l’arsenal existe, encore faut-il le décider et l’assumer, sans trembler devant les agitateurs qui testent les limites. Les Outre-mer sont la France, l’hôpital aussi, alors on fait quoi maintenant: on sécurise enfin Dzoumogné, ou on attend la prochaine agression pour découvrir qu’il était « trop tard »?

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