Ça commence souvent par une sirène et ça finit trop souvent par des insultes, des cailloux, parfois pire. À La Réunion, les sapeurs-pompiers se font agresser avec une régularité qui dit quelque chose de notre époque: l’autorité recule quand la violence avance. Les chiffres nationaux du ministère de l’Intérieur parlent de quatre agressions déclarées par jour, près de 1 500 par an, physiques ou verbales, et le plus glaçant reste là, noir sur blanc: dans 75 % des cas, l’agresseur est… la personne secourue. On appelle au secours, puis on frappe la main tendue. Allez comprendre.

Souvenez-vous: août 2022 à Sainte-Suzanne, des pompiers pris à partie au milieu d’une bagarre. Puis ce début d’année à La Possession, quand un intervenant a reçu un coup de couteau de l’homme qu’il venait aider, avec à la clé une condamnation de 16 mois dont 10 avec sursis probatoire. Et il y a ces scènes nocturnes, quasi rituelles dans certains quartiers, où l’appel au secours se transforme en guet-apens, véhicules caillassés, projectiles qui pleuvent, comme à Saint-André en septembre 2022 après un feu de poubelles. Les agressions verbales, elles, se comptent à l’oreille, rarement sur papier, parce qu’on s’habitue à l’inacceptable.

19 mesures, une promesse simple: protéger ceux qui protègent

19 mesures, une promesse simple: protéger ceux qui protègent Cette fois, l’Etat dit stop. Le préfet Patrice Latron annonce un plan départemental de prévention et de lutte contre les violences envers les sapeurs-pompiers, déclinaison locale d’un dispositif national porté par le ministère de l’Intérieur et déjà déployé dans l’Hexagone depuis février. Une convention doit être signée ce mardi 27 avril au centre de secours de Saint-Denis, avec le SDIS, la gendarmerie et la police, pour graver la coopération dans le concret: mieux connaître les menaces, anticiper les situations à risque, préparer les agents, accompagner les victimes et surtout « bannir l’impunité ». Voilà le nerf. Sans réponse pénale rapide et lisible, les beaux discours restent du vent chaud.

Les pompiers, eux, n’en demandaient pas tant: juste être entendus. Deux syndicats, Avenir Secours et Action Catégorie C, réclamaient une table ronde, rappelant qu’un plan existait déjà depuis août 2020 sans vraie traduction sur le terrain. On touche ici au mal français, celui qui adore annoncer et qui oublie d’exécuter, pendant que certains, souvent les mêmes, expliquent doctement que « tout est social », que la violence serait une fatalité, presque une excuse. Non. Dans la France des Outre-mer comme partout, l’ordre public n’est pas une option et l’Etat n’est pas un figurant. Reste à voir si ces 19 mesures seront des lignes sur une feuille ou un verrou réel sur le terrain, celui où l’on risque sa peau pour sauver celle des autres… qui osera encore s’en prendre à un pompier quand la sanction tombera, vite et fort?

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