La France espère une avancée diplomatique décisive dans la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane. Cinq ans après la signature d’un accord frontalier avec le Suriname, les autorités françaises attendent toujours sa ratification par Paramaribo, une étape jugée indispensable pour intensifier la coopération contre l’exploitation aurifère clandestine et les pollutions qu’elle engendre.

Au cœur des préoccupations figure l’utilisation massive du mercure par les orpailleurs illégaux. Ce métal hautement toxique contamine les fleuves, les sols et la faune aquatique, avec des conséquences sanitaires et environnementales qui dépassent largement la frontière entre les deux pays.

Une frontière marquée par deux réalités opposées

Les fleuves Marowijne et Lawa illustrent le contraste entre les politiques menées de part et d’autre de la frontière. Côté français, l’exploitation minière est interdite dans une bande de deux kilomètres le long des cours d’eau et les opérations de lutte contre l’orpaillage clandestin se poursuivent régulièrement.

À l’inverse, côté surinamien, de nombreux sites d’exploitation illégale restent actifs. Des survols organisés par l’Observatoire de l’activité minière (OAM) ont permis d’observer de vastes zones déboisées, des bassins artificiels aux eaux fortement polluées ainsi que des installations de fortune utilisées par les orpailleurs.

Une pollution qui menace les populations riveraines

L’utilisation du mercure pour extraire l’or constitue la principale source d’inquiétude. Selon des représentants des communautés autochtones, les concentrations relevées dans certaines zones dépasseraient largement les seuils sanitaires internationaux.

La contamination des cours d’eau affecte directement les populations vivant le long des fleuves, dont l’alimentation repose en grande partie sur la pêche. Les risques concernent également la biodiversité, avec une dégradation progressive des écosystèmes aquatiques et des habitats naturels.

Les autorités françaises soulignent que les exploitations légales implantées en Guyane utilisent des procédés encadrés, sans mercure, accompagnés de dispositifs de rétention des eaux et d’obligations de remise en état des sites après exploitation.

Un accord toujours en attente de ratification

Signé en 2021 par Paris et Paramaribo, l’accord bilatéral prévoit notamment une coopération renforcée en matière de délimitation frontalière, d’entraide judiciaire et de lutte contre l’orpaillage illégal ainsi que contre les trafics transfrontaliers.

Toutefois, le texte n’a toujours pas été ratifié par le Parlement surinamien. Pour la France, cette formalité est essentielle afin de faciliter les opérations conjointes des forces de sécurité et de renforcer les échanges judiciaires entre les deux pays.

Le ministre surinamien des Affaires étrangères, Melvin Bouva, a récemment réaffirmé la volonté de son gouvernement de procéder à cette ratification, sans toutefois annoncer de calendrier précis.

Une coopération jugée indispensable

Les autorités françaises reconnaissent que les opérations de lutte contre les orpailleurs clandestins restent limitées tant que les réseaux peuvent se replier et se ravitailler de l’autre côté de la frontière.

En Guyane, environ 500 militaires sont mobilisés aux côtés des forces de sécurité dans les opérations de lutte contre l’orpaillage illégal. Pour l’ambassadeur de France au Suriname, la ratification de l’accord ne permettra pas, à elle seule, d’éradiquer ce phénomène, mais elle offrirait un cadre juridique plus efficace pour coordonner les actions des deux États et mieux protéger les populations ainsi que les écosystèmes du bassin du Maroni.

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