Nickel, géopolitique, influence : pourquoi l’Europe mise sur la Nouvelle-Calédonie

Par Anthony Marques 3 min de lecture
Nickel, géopolitique, influence : pourquoi l’Europe mise sur la Nouvelle-Calédonie
Nickel, géopolitique, influence : pourquoi l’Europe mise sur la Nouvelle-Calédonie Image : DR

Le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, était à Nouméa le 20 octobre pour signer un accord de coopération sur le nickel et rappeler l’intérêt stratégique que représente l’archipel pour l’Union européenne dans le Pacifique.

La Nouvelle-Calédonie n’est plus seulement un territoire français du Pacifique : elle est désormais au cœur de la stratégie européenne sur les matières premières critiques. C’est le message qu’est venu délivrer Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, lors d’un débat organisé à l’Université de la Nouvelle-Calédonie le mardi 20 octobre, devant un public d’étudiants, de représentants institutionnels et d’acteurs économiques.

« La Nouvelle-Calédonie est devenue un enjeu dans le cadre de la stratégie européenne sur les matières premières », a déclaré le commissaire européen, avant de signer un Memorandum of Understanding sur le nickel ainsi qu’une convention portant sur l’octroi de 596 millions de francs destinés à la formation, l’insertion professionnelle et la cohésion sociale.

L’intérêt renouvelé de Bruxelles pour l’archipel s’inscrit dans un contexte international marqué par la montée en puissance de la Chine et des États-Unis dans la région Pacifique, et par la dépendance européenne vis-à-vis de Pékin pour l’approvisionnement en matières premières stratégiques. L’UE, qui a déjà conclu seize accords similaires avec des partenaires comme le Groenland ou l’Afrique du Sud, entend diversifier ses sources d’approvisionnement. La Nouvelle-Calédonie, parmi les premiers producteurs mondiaux de nickel, s’impose naturellement dans cette équation.

Le MoU signé constitue, selon Stéphane Séjourné, un « accord de méthode » et « le début d’un processus ». Il doit préciser les modalités de coopération mutuelle et permettre à l’UE de faire appel au nickel calédonien en cas de « blocage indonésien ou chinois, dans le cadre d’un rapport de force ou d’un conflit diplomatique ». L’objectif affiché va au-delà du simple achat de minerai : il s’agit d’aider les entreprises calédoniennes à être « plus compétitives sur le marché international », de faire baisser le coût de l’énergie et d’accompagner les nouveaux process de production pour « rentabiliser les usines et l’extraction ».

Au-delà du nickel, c’est la dimension géopolitique qui a dominé les échanges. Depuis le Brexit, la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et la Polynésie française constituent les « uniques postes avancés » de l’Europe dans le Pacifique. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche fin 2024 et les pressions américaines sur la souveraineté du Groenland ont remis cette réalité en lumière. « La Nouvelle-Calédonie est redevenue, peut-être aux yeux d’un certain nombre de mes collègues, également un enjeu stratégique dans le Pacifique », a reconnu Stéphane Séjourné.

Dans un environnement international tendu, l’appartenance à l’orbite européenne représente selon lui un atout concret. « Dans un contexte international tendu, de conflits, avec le soutien de ces vingt-sept États membres, vous devez vous sentir plus forts », a-t-il affirmé. L’Union européenne entend ainsi faire de la Nouvelle-Calédonie une « plateforme » de son influence dans la région, en y organisant des événements internationaux réunissant leaders politiques et économiques, pour tenir ce rôle de « poste avancé de la diplomatie européenne ».

Pour Stéphane Séjourné, le calcul est clair : l’Europe a besoin des ressources et de la position géographique de la Nouvelle-Calédonie, tandis que l’archipel peut trouver dans ce partenariat une protection et un levier de compétitivité économique. « Tout reste à faire derrière », a-t-il conclu, soulignant que la phase de concrétisation des projets constituera le véritable enjeu des mois à venir.