Voilà le genre de nouvelles qui traversent l’océan plus lentement que les avions mais finissent toujours par atterrir sur le pas de la porte. Longtemps, la Polynésie française a tenu à distance la hausse mondiale des prix du pétrole grâce au Fonds de régulation des prix des hydrocarbures, ce coussin qui amortit les chocs. Sauf qu’un coussin, ça s’écrase. Dans les prochaines semaines, une hausse des carburants est attendue, avec un effet domino que chacun devine déjà, du plein à la pompe au ticket de caisse.
Car la Polynésie reste, qu’on le veuille ou non, une économie perfusée aux importations d’hydrocarbures: essence, gazole, kérosène, fuel pour l’électricité, transport maritime, transport inter-îles. Les cours remontent sous l’effet des tensions géopolitiques, des décisions de l’OPEP+ et de la volatilité des marchés, et le Pacifique n’est pas une planète à part. La différence, c’est le décalage: stocks, contrats d’approvisionnement, prix administrés… ici ça grimpe par paliers, comme une marée qui monte sans bruit avant de vous mouiller les genoux.
Quand le baril dicte sa loi, les îles paient cash
Les premiers à encaisser le choc, ce sont ceux qui n’ont pas la marge de man…uvre: professionnels de santé qui multiplient les déplacements, transporteurs, artisans, acteurs du tourisme déjà fragilisés par l’augmentation des coûts. À la clé, une addition qui finit toujours par remonter jusqu’au consommateur, parce que le fret coûte plus cher, parce que le transport inter-îles se renchérit, parce que l’électricité thermique pèse lourd dans la balance. On parle beaucoup de « pouvoir d’achat » sur les plateaux télé à Paris, mais ici la réalité se lit en kilomètres et en litres.
Face à ça, on attend la musique habituelle: appels à la « modération », promesses de lissage via la fiscalité locale, discours sur la transition énergétique. Très bien. Sauf qu’il faut choisir: soit on subventionne et l’argent public part en fumée, soit on laisse filer et on étouffe les entreprises, celles qui font tourner l’économie réelle, pas les slogans. Et pendant que certains, à gauche, rêvent d’un État-providence sans facture et d’une autonomie magique qui réglerait tout par incantation, le pétrole rappelle une vérité simple: la souveraineté énergétique, ça se construit, ça ne se proclame pas.
Reste une question, presque brutale: la Polynésie va-t-elle utiliser cette claque annoncée pour réduire enfin sa dépendance, investir sérieusement dans le solaire, le stockage, l’efficacité énergétique, sécuriser ses approvisionnements, ou se contenter d’un nouveau rafistolage administratif en attendant la prochaine vague… plus haute encore?


