C’est tombé comme un couperet à Pointe-à-Pitre. Le tribunal de commerce a prononcé, lundi 27 avril, la liquidation judiciaire d’Air Antilles et ordonné l’arrêt immédiat de l’activité. Fin de partie, rideau baissé, avions qui ne redécolleront pas. On parle d’une compagnie clouée au sol depuis des mois, mais là, ce n’est plus une panne, c’est un acte de décès.

Rappel utile pour ceux qui découvrent l’affaire sur le tard : en décembre 2025, la Direction générale de l’aviation civile avait interdit de vol la compagnie pour des manquements liés à la sécurité. La sécurité, c’est la base, ce n’est pas une option. Redressement judiciaire en février, attente d’un repreneur, d’un financement, d’un miracle… et puis la réalité, celle des comptes, des normes et des responsabilités, a repris ses droits.

Le tribunal a bien regardé les pistes, mais il a fermé la porte. Une offre de reprise a été examinée, avec 14 emplois maintenus sur 116, autant dire une bouée pour quelques-uns et la mer pour les autres. La décision évoque « un projet industriel structuré » qui se heurte à « des obstacles financiers et légaux insurmontables », et la juridiction refuse la cession « à la découpe » qui aurait balayé le volet social comme on balaie des papiers sur un bureau.

Monopole en vue, territoire en rade

Et maintenant, qui vole? Air Caraïbes devient le seul opérateur à relier Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Un monopole, ce n’est jamais une bonne nouvelle pour les prix, ni pour la souplesse, ni pour les familles qui jonglent déjà avec les billets. Les Outre-mer sont la France, répétons-le, et pourtant on accepte trop souvent que la continuité territoriale ressemble à une promesse lointaine, dépendante d’un unique acteur et de calendriers capricieux.

Dans ce naufrage, il y a aussi les salariés, et leur phrase claque comme une vérité brute : une représentante du personnel parle d’un « grand soulagement » après des mois d’incertitude. Soulagement, oui, quand l’attente devient une torture et que l’on préfère une mauvaise nouvelle nette à une agonie administrée. C’est toute la cruauté de ces dossiers où l’on laisse traîner, où l’on palabre, où l’on empile les procédures pendant que des familles retiennent leur souffle.

Reste une leçon, et elle dérange : quand l’Etat régule, contrôle, interdit, il doit aussi assumer la suite, sans mollesse ni posture. Les territoires ne peuvent pas être condamnés à l’isolement au gré des faillites et des hésitations, surtout quand les mêmes milieux politiques, à gauche, passent leur temps à dénoncer « Paris » tout en sabotant la culture d’entreprise et le respect de l’autorité. Après Air Antilles, la question silencieuse est là, dans chaque aéroport des Antilles : qui va reconstruire une desserte fiable, française et solide, sans slogans et avec du sérieux.

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