À force de bloquer les aérodromes, on finit par déplacer le problème sur l’océan. Ce lundi, cinq voyageurs, venus de l’Hexagone et d’Australie, ont tenté la traversée Thio-Ouvéa à bord d’un bateau de pêche, une solution de fortune qui circule depuis le début du mouvement. Deux mois sans avion ou presque, et voilà le tourisme réduit à des plans B qui sentent l’improvisation, la météo scrutée et le gilet de sauvetage qu’on espère à bord.

Dans ce petit groupe, Thomas raconte sans détour l’envie qui l’a emporté sur l’hésitation: « On a entendu que c’était l’une des îles les plus belles du monde… on ne voulait absolument pas partir en n’ayant pas fait les Loyauté. » Ils avaient déjà coché Hienghène, Poum, Koumac, Bourail, Yaté, même l’île des Pins avant les blocages, alors Ouvéa devenait la dernière marche. On comprend le désir, moins l’époque: quand l’État recule et que l’économie tourne au ralenti, chacun bricole sa trajectoire.

La filière, elle, s’organise: six bateaux de pêche assureraient ces trajets pour 12 500 francs la traversée. Ce ne sont pas seulement des touristes, précise-t-on, on transporte aussi des familles, des denrées, des médicaments, parfois des défunts. Une réalité brute, sans folklore. Et la question qui gratte, celle qu’on évite souvent sur les réseaux: qui contrôle quoi, avec quelles garanties, quel cadre, quelle sécurité, quand des navires pensés pour la pêche deviennent des taxis de mer?

La mer comme roue de secours… et comme test de réalité

La mer comme roue de secours… et comme test de réalité Jusqu’au dernier moment, les passagers eux-mêmes n’étaient pas sereins. « On a regardé la météo jusqu’à la dernière minute, les conditions d’embarcation », confie Thomas. Ce détail dit tout: ce n’est pas une croisière, c’est un pari calculé. On aimerait entendre plus souvent une parole publique ferme, un rappel net des règles et des risques, parce qu’un coup de vent dans le lagon ou une avarie en pleine eau, ça ne se règle pas avec un communiqué militant.

Arrivés à Ouvéa, l’ambiance n’avait rien d’une carte postale saturée. « Ce lundi, à Ouvéa, nous n’avons pas croisé d’autres touristes », constatent-ils. Au gîte Chez Dydyce, la gérante Rachel Kaouma met les pieds dans le plat, celui de l’économie réelle: « Là, je pouvais acheter ces crabes parce qu’il y avait des touristes au gîte, mais sans ça… on ne peut même pas prendre leurs produits. » Voilà ce que produisent les blocages à répétition: l’isolement, puis la petite casse silencieuse, celle qui étouffe les familles, les petites entreprises, les îles.

Une réunion est annoncée jeudi matin à Ouvéa entre coutumiers, acteurs économiques et santé pour faire le point sur les blocages d’Aircal. Très bien. Reste le nerf du sujet: qui veut vraiment la reprise, nette, durable, protégée, sous l’autorité de la République et dans le respect de l’activité? Les îles Loyauté ont besoin de touristes, de liaisons fiables, d’ordre public, pas de coups de force qui transforment la mer en dernière option… jusqu’au jour où elle présentera la facture.

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