Après cinq semaines de recherches à Miquelon et Langlade, les archéologues du CNRS ont présenté les premiers résultats de leur campagne estivale. Les découvertes confirment la présence de populations de la culture Dorset, un peuple paléo-esquimau ayant occupé l’Arctique nord-américain avant l’arrivée des Inuits. Cette mission apporte un nouvel éclairage sur les premières occupations humaines de l’archipel et ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche.
Réunis à la Maison de la Nature et de l’Environnement Roger Etcheberry de Miquelon, les chercheurs ont détaillé les premiers enseignements de cette campagne dirigée par Yann-Axel Gomez-Coutouly, qui poursuit depuis 2024 les travaux initiés par l’archéologue Grégor Marchand.
Deux sites explorés pour la première fois
Cette campagne marque une étape importante puisque, pour la première fois dans le cadre du projet, des fouilles ont été menées à Miquelon et Langlade.
Les recherches se sont concentrées sur deux secteurs. Le premier est situé sur la Presqu’île, face à l’île aux Chevaux, dans le Grand Barachois, où de nombreuses pièces en pierre avaient déjà été découvertes en surface. Le second concerne une ancienne carrière dans les Mornes, exploitée autrefois pour l’extraction de rhyolite, une roche utilisée dans la fabrication d’outils préhistoriques.
Si le site de la Presqu’île apparaît aujourd’hui fortement érodé par les éléments, les archéologues estiment qu’il abritait autrefois un campement de la culture Dorset.
Plus de 150 objets retrouvés
Les chercheurs ont recensé près de 150 pièces archéologiques sur le seul site de la Presqu’île, un chiffre particulièrement élevé pour une simple prospection de surface.
Parmi les découvertes figurent de nombreuses pointes en pierre caractéristiques de la culture Dorset. Leur concentration laisse penser que le secteur pouvait constituer un campement spécialisé, probablement consacré à la chasse au phoque. Les chercheurs rappellent que ce mammifère marin occupait une place essentielle dans l’alimentation de ces populations installées dans l’Arctique il y a entre 1 500 et 2 000 ans.
Les fouilles menées dans les Mornes ont également permis d’identifier plusieurs zones d’extraction de matière première, confirmant que les habitants préhistoriques exploitaient les ressources minérales locales pour fabriquer leurs outils.
Mieux comprendre les premières occupations de l’archipel
Au-delà des objets découverts, cette campagne vise à enrichir la carte archéologique de Saint-Pierre-et-Miquelon et à mieux comprendre les déplacements des premières populations ayant fréquenté l’archipel.
Les scientifiques souhaitent désormais préciser quelles communautés ont occupé Miquelon et Langlade, à quelles périodes et dans quels secteurs. Les recherches se poursuivront notamment sur le site majeur de l’Anse à Henry, tout en continuant les prospections sur Langlade, où aucun site préhistorique n’a encore été identifié malgré un fort potentiel archéologique.
Une recherche internationale appelée à se poursuivre
La mission rassemble une équipe pluridisciplinaire composée de spécialistes du CNRS, de l’Inrap et de l’Université Laval, au Québec. Archéologues, géologues, spécialistes de l’environnement ou encore experts des industries lithiques croisent leurs compétences afin de reconstituer le mode de vie des premiers habitants de l’archipel.
Une nouvelle campagne de fouilles est d’ores et déjà prévue à l’été 2028, avec l’objectif de poursuivre l’exploration des sites identifiés et d’approfondir les connaissances sur les premières occupations humaines de Saint-Pierre-et-Miquelon.



