Deux semaines après le décès tragique d’un jeune homme électrocuté à son domicile, Wallis-et-Futuna prend conscience d’une lacune réglementaire majeure. Sur ce territoire français du Pacifique, aucune disposition locale n’impose la mise aux normes électriques des habitations privées. Un vide juridique qui, derrière l’émotion suscitée par ce décès, pose une question de fond : comment la République peut-elle garantir à chacun de ses territoires le même niveau de sécurité, quelle que soit la distance qui le sépare de la métropole ?

En métropole, la norme NFC 15-100 fait référence absolue pour tout électricien. Elle impose des dispositifs de protection des personnes et des biens, ainsi qu’une mise à la terre systématique dans chaque logement. Sanele Ikasa, responsable de filiale chez Verneo et électricien de profession, applique scrupuleusement cette norme dans sa propre maison, par conscience professionnelle, mais reconnaît que rien ne l’y oblige juridiquement lorsqu’il intervient chez ses clients à Wallis-et-Futuna. Une situation qu’il juge lui-même préjudiciable à la protection des familles, et qui le contraint, dans le cadre de son activité d’installateur de panneaux photovoltaïques, à remettre bénévolement aux normes les installations électriques avant de pouvoir y raccorder ses équipements.

Une responsabilité qui s’arrête au compteur

Du côté du gestionnaire de réseau, la société Électricité et Eau de Wallis-et-Futuna, le constat est similaire. Christophe Ruff, son directeur, rappelle que l’entreprise est encadrée par la norme C400, qui limite strictement son champ d’action au compteur disjoncteur. Au-delà de ce point, aucun droit de regard ni pouvoir de contrôle ne lui est accordé sur les installations intérieures des foyers. Un fonctionnement hérité de l’histoire institutionnelle du territoire, mais qui montre aujourd’hui ses limites face aux exigences de sécurité que l’État doit pouvoir garantir à tous ses ressortissants, y compris dans les collectivités les plus éloignées de l’Hexagone.

Pour combler ce vide, la création d’un organisme de contrôle local, sur le modèle du Consuel métropolitain, est désormais à l’étude au sein des commissions territoriales. Ce dispositif permettrait de délivrer un certificat de conformité avant tout raccordement, comme c’est déjà le cas partout ailleurs en France. Mais sur un territoire de onze mille habitants, sa mise en place soulève des questions pratiques, et surtout financières, une mise aux normes complète d’un logement pouvant représenter plusieurs milliers d’euros. Une charge que de nombreux foyers wallisiens et futuniens ne pourraient assumer sans accompagnement.

C’est désormais aux élus de l’Assemblée territoriale qu’il appartient de transformer cette urgence sécuritaire en action concrète. Une réglementation digne de ce nom ne pourra faire l’économie d’un dispositif d’aide ou d’entraide, afin que l’exigence de sécurité ne se traduise pas par une nouvelle fracture entre les familles capables de financer ces travaux et celles qui en seraient exclues. C’est là toute la responsabilité d’un territoire pleinement français, qui doit pouvoir compter sur la solidarité nationale pour faire appliquer, jusque dans le Pacifique, les standards de sécurité qui protègent ailleurs chaque foyer de la République.

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