Parcs Canada mène depuis 2023 une vaste campagne de reboisement dans le parc national du Gros-Morne, à Terre-Neuve. Environ 730 000 arbres ont déjà été plantés et l’objectif est d’atteindre 1,25 million de jeunes plants afin de restaurer des forêts durablement fragilisées par une population excessive d’orignaux.

Situé dans l’ouest de Terre-Neuve, le parc du Gros-Morne s’étend sur 1 805 kilomètres carrés. Ce territoire réputé pour ses fjords, ses montagnes et ses forêts boréales a subi pendant plusieurs décennies une pression considérable exercée par ces grands mammifères herbivores.

Dans les années 1990, le parc abritait environ 6 500 orignaux. Certains secteurs comptaient jusqu’à six animaux, voire davantage, par kilomètre carré, soit l’une des densités les plus importantes jamais observées.

La régulation des orignaux a permis d’agir

Les orignaux se nourrissent notamment des jeunes pousses. En consommant les arbres avant qu’ils n’atteignent leur maturité, les animaux ont progressivement empêché le renouvellement naturel de la forêt.

Plusieurs espaces autrefois boisés se sont transformés en zones dégagées surnommées « prairies d’orignaux ». Face à la dégradation de l’écosystème, les autorités canadiennes ont autorisé la chasse dans le parc à partir de 2011.

Cette mesure de régulation a permis de ramener la population à environ 2 000 animaux. Ce niveau est désormais considéré comme suffisamment maîtrisé pour permettre à la forêt de se régénérer avec l’aide des équipes de Parcs Canada.

Cette expérience rappelle que la protection de la nature ne repose pas sur l’inaction. Lorsque la présence excessive d’une espèce menace l’équilibre d’un territoire, une gestion raisonnée peut devenir indispensable à la préservation de l’ensemble de l’écosystème.

Des essences choisies pour le climat futur

Les jeunes arbres utilisés dans le programme sont âgés d’environ deux ans. Ils sont notamment cultivés dans une pépinière située à Rocky Harbour avant d’être transportés vers les secteurs endommagés.

Les scientifiques ne cherchent pas seulement à reconstituer la forêt disparue. Ils anticipent également l’évolution du climat au cours des prochaines décennies en introduisant des essences déjà présentes dans les zones plus méridionales du parc.

Le bouleau jaune, le pin blanc et le cerisier sauvage font partie des espèces retenues. L’objectif est de créer une forêt capable de se développer durablement dans des conditions climatiques différentes de celles observées aujourd’hui.

Cette politique peut inspirer Saint-Pierre-et-Miquelon, où 1 150 plants ont récemment été installés pour tenter de ralentir le recul de la forêt boréale. Dans l’archipel français comme à Terre-Neuve, la régulation des espèces et le reboisement constituent des outils complémentaires pour transmettre aux générations futures un patrimoine naturel vivant et résilient.

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