Le Service départemental d’incendie et de secours de La Réunion reste sous forte tension malgré des progrès récents dans sa gestion. Dans ses observations définitives, la chambre régionale des comptes souligne une hausse continue de l’activité, des difficultés persistantes dans les ressources humaines, une disponibilité jugée préoccupante de certains véhicules et un manque de visibilité financière à moyen terme.

Avec plus de 59 000 interventions réalisées en 2025, le SDIS 974 est aujourd’hui le plus important service départemental d’incendie et de secours ultramarin par son volume d’activité et ses effectifs. La chambre régionale des comptes recense 1 115 agents permanents et 1 252 sapeurs-pompiers volontaires. Sur cinq ans, le nombre d’interventions a progressé de près de 14 %, tandis que le secours à personne représente environ 80 % des sorties.

Cette montée en charge intervient dans un territoire particulièrement exposé aux risques naturels. Feux de végétation, épisodes de fortes pluies et événements météorologiques plus violents sollicitent de plus en plus les moyens opérationnels. La chambre estime que ces évolutions imposent une organisation plus robuste et une meilleure anticipation des besoins.

Des ressources humaines et un parc de véhicules sous tension

La gestion des effectifs constitue l’un des principaux points d’alerte. La chambre relève des difficultés structurelles en matière de ressources humaines, malgré une amélioration récente de l’organisation interne. Le secteur a longtemps été marqué par une gouvernance instable et de nombreux contentieux administratifs, même si la situation semble progressivement se normaliser.

La disponibilité des véhicules est également considérée comme préoccupante. Pour un service qui doit intervenir rapidement sur l’ensemble de l’île, la fiabilité du parc roulant constitue un enjeu directement lié à la qualité des secours. La montée des sollicitations et les contraintes climatiques rendent d’autant plus nécessaire le renouvellement et l’entretien des équipements.

La mise en place d’un nouveau système de gestion de l’alerte et des opérations fin 2025 a permis certaines améliorations dans les délais de traitement. La chambre invite toutefois le SDIS à mieux exploiter les données issues de cet outil afin d’ajuster plus précisément le déploiement des moyens et l’organisation opérationnelle.

Une situation financière encore trop dépendante du Département

La question budgétaire reste l’autre grande fragilité identifiée. Le SDIS dépend très largement du financement du Conseil départemental, alors même que ses dépenses de fonctionnement progressent et que d’importants investissements devront être réalisés dans les prochaines années.

La chambre régionale des comptes regrette notamment l’absence de convention financière pluriannuelle avec le Département depuis plusieurs années. Le financement annuel offre davantage de souplesse, mais il réduit la capacité du service à programmer ses investissements sur plusieurs exercices. La juridiction recommande donc de retrouver une trajectoire financière plus lisible.

Le Département reste pourtant un soutien majeur. En 2026, il prévoit de consacrer près de 80 millions d’euros au fonctionnement et aux investissements du SDIS, notamment pour renforcer les moyens opérationnels et moderniser les infrastructures.

Le conseil d’administration du SDIS a depuis validé une feuille de route de redressement et prévoit notamment un nouveau projet d’établissement pour la période 2027-2032 ainsi qu’une convention financière pluriannuelle avec le Département d’ici la fin de l’année.

Le défi est désormais clair : maintenir un haut niveau de sécurité pour l’ensemble des Réunionnais tout en modernisant l’organisation, en sécurisant les effectifs et en renouvelant les équipements. Dans une île confrontée à des risques naturels croissants, la solidité du SDIS devient plus que jamais un enjeu stratégique pour le territoire.

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