À Tsoundzou 2, au sud de Mamoudzou, la République a un trou dans la chaussure. Sous des bâches plantées au bord de la mangrove, au milieu d’eaux stagnantes, environ 800 migrants venus d’Afrique continentale survivent depuis des mois, Congolais, Somaliens, Yéménites. Mardi 28 avril, la députée Anchya Bamana est venue voir, filmer, montrer. Et surtout dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas: « Tout ça, c’est indigne de la France. Démantelez ce camp, Monsieur Lecornu ! Démantelez ce camp de la honte ! »
On peut discuter du destin de chacun, de la misère du monde, des routes migratoires et des dossiers d’asile qui s’empilent. On peut même entendre l’argument humanitaire. Mais le spectacle, lui, ne se discute pas: un campement qui s’enracine, un territoire déjà sous pression démographique qui craque, des quartiers qui regardent ce regroupement grossir comme une tache d’huile, pendant que l’État promet, temporise, renvoie à des procédures. À Mayotte, l’habitat informel n’est pas une théorie de salon, c’est un problème de sécurité, de salubrité, de foncier, de dignité, tout à la fois, et quand on laisse faire, ce sont toujours les Mahorais qui paient l’addition.
L’État recule, le bidonville avance
Le préfet François-Xavier Bieuville devait être là. Il a finalement décliné, officiellement parce que « les conditions nécessaires à un déroulement serein » n’étaient plus réunies, avec en prime le mot qui tue, « instrumentalisation ». Curieuse époque où la présence d’une caméra suffit à faire reculer l’autorité. On n’a pas besoin d’un concours d’ego entre élus et préfecture, on a besoin d’un État qui tient sa ligne et assume ses choix, face aux filières, face aux occupations illégales, face à ceux qui rêvent de transformer Mayotte en zone grise où les règles françaises deviennent optionnelles.
Sur place, les migrants, eux, réclament l’inverse de Bamana: un camp « formel », avec toilettes et tentes dignes, comme l’a dit un porte-parole congolais, Kennedy Kighana. « Là où nous vivons, c’est un cauchemar », confie un autre ressortissant congolais, coincé par des procédures longues et des reconduites quasi impossibles quand le retour dépend d’accords diplomatiques absents ou d’États défaillants. Voilà le nœud: si la France officialise, elle attire et elle fixe; si elle laisse pourrir, elle renonce et elle déshonore. Et pendant que la gauche morale s’indigne à distance, ce sont les communes, les familles, les entreprises locales, les services publics mahorais déjà asphyxiés qui encaissent le choc.
La députée a raison sur un point: ce camp ne peut pas rester tel quel. Démanteler, oui, mais pas avec des effets d’annonce et trois rubans de signalisation. Il faut du régalien, du vrai: une action continue contre les filières, une réponse policière et judiciaire ferme, une stratégie foncière, un traitement accéléré des demandes quand c’est possible, et une politique claire, lisible, assumée, sans trembler dès qu’un micro s’allume. Mayotte n’est pas un bout du monde qu’on administre par communiqués, c’est la France, et une France qui hésite finit toujours par reculer… jusqu’où ira-t-elle avant de reprendre la main ?



